mercredi 10 janvier 2018

Le Lutin fait son coming out culturel

La culture, c'est comme la confiture,
moins on en a, plus on l'étale.

Cette maxime est attribuée à Pierre Desproges, Jack Lang, Françoise Sagan, Jean Delacour ou à un mur de mai 68. Pourquoi pas Einstein pendant qu'on y est, on ne prête qu'aux riches ! C'est sûr, Einstein il écrivait des dicos de citations entre deux Théories de la Relativité histoire de rigoler un coup, même qu'en 1994, plus de quarante ans après sa mort, il a inventé une célèbre citation sur la disparition des abeilles et de l’humanité vu que Einstein, il s'appelait Franck et qu'il revenait d'entre les morts. Pour sûr.

Cette citation, je l'entends régulièrement depuis mon enfance qui débuta dans les années 50. C'est ce qu'on m'envoyait dans les gencives quand, certainement pour compenser ma petite taille, je tenais la dragée haute aux plus âgés que moi en me livrant à des péroraisons culturelles interminables, véritables cascades de mots dont j'ai toujours eu le secret. J'ai un don : je peux parler de tout dans toutes les situations, même en courant, mes camarades de running en ont maintes fois fait l'amère expérience. 

Je peux parler de tout et écrire sur tout, il suffit de lire mon blog pour en avoir la preuve, mais quels sont vraiment mes goûts ? Vous vous en fichez, je sais, mais ce n'est pas cela qui va me faire taire car il est temps que, dans un grand élan de sincérité lutinesque, je me livre à mon "coming out" culturel (Tada !).


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Le Lutin et la littérature

Bizarrement, alors que j'ai toujours été un élève médiocre (j'ai redoublé le CM2, la 4ème et la Terminale), j'ai appris à lire fort tôt et très facilement, ce qui m'a permis de me lancer dans une exploration du monde des Lettres qui a commencé par un classique de la littérature jeunesse :

 Edition récente, la mienne datait de 1962, 
elle m'a été volée par Fabrice Lucchini.

La lecture de cet ouvrage restera pour moi un grand moment de révélation métaphysique. Ce livre décidera de ma carrière de lutin.

Bien que mes parents, nés dans les années 20, eussent eu quelque méfiance envers les petits Mickeys, j'ai très vite préféré les livres avec des images car ils étaient plus rapides et plus faciles à lire. C'est ainsi que je suis rapidement devenu un adepte de Tartine ou de Pepito puis de Kiwi, Akim, Zembla et autres revues éditées par LUG éditions. 

(bruit d’œufs cassés)

Plus tard, des réponses philosophiques me parvinrent par un chemin détourné ; je tombai littéralement amoureux d'une série de livres qui ne m'étaient pas destinés mais que j'avais réussi à chiper aux petites camarades habitant mon HLM. Il s'agit de la série des "Martine" apparue en 1954 que je me mis à dévorer des yeux dès l'âge de dix ans.

Autant dire que plus que Nietzsche ou Schopenhauer, le stylo de Gilbert Delahaye et surtout le pinceau de Marcel Marlier allaient donner une direction à ma vie et m'apprendre tout ce qui est fondamental dans les rapports entre êtres humains.

Le chien aussi est un connaisseur...

Par la suite, il m'a fallu lire des ouvrages classiques imposés par mes études. En vrac et au hasard :

L'Avare de Molière : C'est marrant et ça a l'avantage de ne pas être trop long.
L'Adieu aux armes de Hemingway : Le type s'emmerde pendant la guerre alors il se drague une infirmière. Ça finit mal.
L'étranger de Camus : C'est l'histoire d'un type qui en tue un autre sur une plage et qui ne sait pas pourquoi. Ça finit mal.
L’assommoir de Zola : Ça finit super mal.
Madame Bovary de Flaubert : Je n'ai pas lu et je me suis pris une mauvaise note.

Arrivé à l'âge adulte, il m'a suffi de m'abonner à Télérama pour lire des critiques de livres me permettant à mon tour de donner mon avis sur ce qui se fait d'intelligent à notre époque.

A offrir, pas à lire...

Je dois ici rendre hommage à cette revue qui a aussi beaucoup fait pour ma connaissance approfondie du monde de la cinéphilie. Justement, on va en parler...


Le Lutin et le cinéma

Au début de ma carrière d'instit, il m'est arrivé de fréquenter le ciné-club de ma bonne ville d'Alençon. J'avais de bons souvenirs de visionnages de classiques Hammer Films que j'avais visionnés dans la Salle des Fêtes durant mon adolescence (La nuit du Loup-Garou, Les monstres venus de l'espace...). Las, le ciné-club avait été repris par des intellos du genre à gloser des heures sur les plans de Citizen Kane ou les ombres de La Nuit du Chasseur. Pire, il m'avait fallu avaler Perceval le Gallois d'Eric Rohmer et le début d'India Song de Marguerite Duras. Là, j'avais craqué et je m'étais sauvé au bout d'une demi-heure car j'avais eu la prudence de me placer près de la sortie.

J'étais ensuite revenu à mes premières amours, les films d'horreur si possible kitsch du type Lesbian Vampire Killers ou Black Sheep tout en faisant croire à mon milieu d’enseignants branchés que ma culture cinéma était immense grâce à mon Télérama chéri qui m'alimentait en synopsis de divers films tchéco-bulgares. 

Pas de ciné sans acteurs fétiches. Dans mon cas, il s'agit d'un trio : Bruce Willis, Sylvester Stallone et surtout mon préféré : Arnold Schwarzenegger dont les répliques m'ont toujours fait vibrer :

"Hey Claudius ? C'est toi qu'a tué mon père... Monumentale erreur !" (Hamlet)


Tu as déjà tué quelqu'un ??
- Oui mais c'était des méchants ! (True Lies)


Qu'il y a-t-il de mieux dans la vie ?
- Écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes. (Conan le Barbare)


Arnold défend les enfants et ça laisse des traces.

Un de mes Schwarzy préférés reste Commando dans lequel il tue les terroristes à moustache par groupe de deux à chaque tir. Je n'oublierai jamais la scène d'exposition du film où il se trimballe avec un tronc d'arbre :



J'ai moi-même retourné cette scène en hommage à mon acteur favori :


Après Arnold, rien ne repousse, passons donc à autre chose.


Le Lutin et la télévision

En ce qui concerne le petit écran, je me suis déjà longuement exprimé sur un de mes héros favoris, L'Inspecteur Derrick mais ce héros au regard si poissonneux n'est pas seul dans mon cœur, je voue aussi une passion pour L'Inspecteur Barnaby (Avec John Nettles seulement !) et ses aventures dans le comté de Midsomer où les gens du troisième âge font gravement grimper le taux de criminalité avec une moyenne de trois morts par épisode.

Lecteur, sauras-tu trouver l'indice ?

Qu'on ne m'accuse pas de sexisme, je suis un fan de Julie Lescaut à laquelle j'ai consacré un billet vibrant d'amour ; j'ai aussi regardé en boucle l'intégralité de la série française Une Femme d'Honneur tournée à la gloire de la Gendarmerie française et du 95D.



Le Lutin et la peinture


Autant le dire tout de suite : je suis nul en dessin. J'ai cependant la chance d'avoir une épouse fort habile dès qu'on lui met un pinceau dans la main et j'ai ainsi beaucoup appris avec elle. Ma culture picturale a bien évolué et j'ai même fait de constants progrès graphiques en quarante ans de vie commune comme on peut le voir ici :

La passion pour l'Art de mon épouse m'a donc entraîné dans maints lieux et expositions, la dernière en date étant celle consacrée à Vermeer au Louvre, j'ai d'ailleurs ramené un joli cadeau à ma petite fille :

D'après la Laitière de Nestlé Vermeer

A la suite de cela, nous avons regardé deux fois de suite (si !) "La jeune fille à la perle" avec Scarlett Johansson, film dont j'ai beaucoup apprécié la plastique.


Oups, je me suis trompé de photo, voici une image du film de Peter Webber :


J'ai aussi bien aimé son film sur l'équitation : "Scarlett au haras".


Le Lutin et la musique


Comme beaucoup de petits derniers de la famille, j'ai commencé par écouter les disques des grands frères et sœurs. Mon goût pour le rock vient certainement de ce très bon 45t de Johnny que je possède encore :


Ma chanson préférée était : "Si tu me téléphones" qui sera déterminante dans le développement de mon goût pour la chanson à texte :

Si tu me téléphones - Oh! Oh! Ah! Ah!
Fais bien attention - Oh! Oh! Oh!
Que ce soit pas ma mère qui prenne la communication
Il te faudrait lui expliquer qui tu es
Ce que tu fais et depuis combien de temps on se connaît.

A propos de chanson à texte, je dois dire que j'ai été un peu déçu par Brassens (trop ennuyeux), Ferré (trop intello) ou Brel (trop belge). J'ai cependant bien aimé quelques chanteurs parfois oubliés mais dont notre culture peut être cependant fière :

Il n'a pas eu la carrière qu'il méritait

En société, si l'on veut briller sans risque, le bon truc c'est de se déclarer amateur de musique classique. Là, on peut raconter n'importe quoi sans prendre le risque d'être contredit vu que la plupart des gens n'y connaissent rien. Il suffit d'apprendre par cœur quelques phrases du genre : "Quand je veux me ressourcer, j'écoute les Variations Goldberg par Glenn Gould..." Là, ça vous place grave au-dessus de la mêlée et si un glandu dans l'assistance ne sait pas que c'est du Bach, on peut l'écrabouiller en ricanant : "Pff, y'en a même qui ne savent pas que le Concerto d'Aranjuez il est de Rodrigo ou pire,  qui demandent qui est l'auteur de l'Adagio d'Albinoni... euh ah ben non, c'est vrai, l'Adagio d'Albinoni, il n'est pas d'Albinoni. C'est un fake comme les citations de Einstein.

Vous avez compris que pour faire son Lucchini en société, il faut essayer d'être drôle et de paraître cultivé. Cela dit, je ne déteste pas la musique classique puisque un de mes premiers albums achetés fut un disque d'Ekseption :
Ekseption était, dans les années 70, une sorte de Reader's Digest du classique en plus rigolo. On pouvait écouter du Bach ou du Beethoven en version speedée sans trop s'ennuyer car il faut le dire, le Classique c'est looong et rasoir alors qu'Ekseption c'est court et bad taste, j'adore !

Peace Planet par Ekseption
(Incidemment, c'est du Bach) 

C'est d'ailleurs grâce à Ekseption que je suis devenu un fana du clavecin, cette sorte de piano aigre qui vrille les nerfs. A ce propos, j'ai survécu à plusieurs écoutes intégrales des 555 sonates de Scarlatti par Scott Ross, tout le monde ne peut pas dire ça...

Ekseption eut son heure de gloire en étant, grâce à Beethoven, sur la bande originale du fameux film de Gérard Pirès*, Fantasia chez les Ploucs :


*Pseudonyme de Gérard Menjoui


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J'espère que vous aurez apprécié ce coming out sincère et véridique. C'est donc en pleine connaissance de cause que désormais vous pouvez clamer haut et fort :





samedi 23 décembre 2017

Douze mois, douze moi

Rétrospective 2017


Comme l'année dernière, je me livre à une petite "introspective" photographique de l'année écoulée. Si l'on compare les deux billets, l'on trouvera des similitudes (Encore des contre-jours !) mais aussi des différences météo-psychologiques. Moins de bleu, plus de bleus...

La plupart des photos sont prises en compagnie de Tonton Gilles, mon compagnon d'errance photographique.

Cliquez sur chaque photo pour obtenir un plus grand format (Retour : croix en haut à droite de la photo).

 Janvier


Pour une fois, Tonton Gilles m'a accompagné en Ecouves. Nous mitraillons longuement ce coucher de soleil sur la Butte Chaumont. Il fait très froid et les couleurs ruissellent sur le papier glacé de l'air incroyablement pur de ce jour d'hiver.

Février


Postés sous le Pont de Sarthe, nous regardons la rivière chuter brutalement à l'endroit où passait autrefois la route de l'étain. Tonton Gilles m'incite à prendre une photo en pause longue, ce qui va donner cet aspect échevelé à l'eau.


Mars


Décidément, mars n'a rien de printanier. Nous cheminons sur la demi-lune à l'arrière de la Préfecture. Les corneilles confectionnent leurs nids dans les hautes branches du Parc de l'Hôtel de Guise. L'une d'elles passe lors d'un fugace instant lors duquel le soleil daigne se montrer.


Avril


Enfin un peu de bleu et d'humour. Ce pommier fleuri avant les autres semble commander à une troupe rangée au garde-à-vous. J'intitule ce cliché : Sgt Spring.


Mai


La météo n'est pas fameuse en ce joli mois de mai, nous cheminons dans le parc des Promenades. Je fais peu de photos de personnages mais ce plan attire mon regard : deux sœurs accroupies dans une attitude que seuls les enfants peuvent avoir. Le grand-père ancien maître d'école voit ici plus de choses que le commun des mortels.


Juin


Le feu de la St Jean de Radon illumine la nuit en Ecouves. La chaleur devient insupportable et je m'éloigne pour rentrer à la maison. Je me retourne une dernière fois pour contempler le monstre dont la lumière découpe crûment les silhouettes des spectateurs. Mon cliché me fait penser à un rituel ancestral dédié à nos ancêtres tapis sous le sol de la forêt.


Juillet


Bibliothèque municipale. Il a beaucoup plu et ce pare-soleil s'est effondré en devenant une piscine à insectes. Sur le coup, le cliché ne m'a pas plu mais Tonton Gilles, grand amateur de lignes, a su m'en montrer l'intérêt. 


Août


Lassay-les-Châteaux en Mayenne. Au détour d'une rue, cette silhouette en véritable mousse, cette plaque bleue  et cette publicité pour le Petit journal (1863-1944) révélée par le décrépissage du mur. La photo est incontournable.


Septembre


Simple et évidente cette clématite blanche sur ce bord de Sarthe où j'avais déjà photographié une passiflore elle aussi blanche. Mon intérêt pour cette fleur vient des gouttes d'eau qui la parsèment.


Octobre


Décidément, l'année est bien sombre. Je prends le reflet du soleil dans l'eau de la Sarthe. Aussi bizarre que cela paraisse, ce cliché est en couleurs et n'a pas subi de traitement.


Novembre


Il n'est pas encore 18 h et les lumières s'allument déjà. Ce candélabre municipal proche de l'hôpital s'est paré d'une vigne vierge. Sur ce pont, les autres luminaires le regardent d'un air hautain. Mais lui il s'en fiche, il sourit.


Décembre


La rue Georges Guynemer est un exemple de réhabilitation réussie. Autrefois peuplée d'immeubles délabrés, elle est devenue un endroit où il fait bon vivre mais ce jour, alors qu’on est en milieu d'après-midi, ce lieu semble porter le deuil de ce jeune aviateur mort en 1917 dans sa 23ème année.



Pour les amateurs  :  mon blog photo régulièrement mis à jour.



lundi 4 décembre 2017

Le Crépuscule des Vieux

Deux cross, sinon rien... les copains me prennent pour un tapé de la bouilloire et ils n'ont pas tort. 

Lors de ma première saison V3, j'avais toujours terminé dans les cinq premiers de ma catégorie en cross FSGT ; l'année dernière, je m'étais aperçu qu'il semblait y avoir un rat dans le moteur et dès le premier cross de la saison à Rânes en octobre, j'avais compris que ma troisième saison serait compliquée. 

Et pourtant, ce week-end, j'ai couru deux cross. Et pourquoi ai-je couru deux cross ? Eh bien parce que j'avais dit que je courrai deux cross ! Plus têtu qu'un Lutin, tu meurs.


Cross FSGT de Cerisy-Belle-Étoile
(cross court-5000m)
2 décembre 2017

Le site est splendide, c'est une poussée leucogranitique datant de l'orogenèse cadomienne. Limpide ! En gros, il s'agit d'un frère jumeau du Mont-Saint-Michel qui se dresse à une bonne centaine de mètres au-dessus du bocage Flérien, une curiosité géologique plantée de quatre mille pieds de rhododendrons ainsi que d'une forêt. Le départ et l'arrivée ont lieu au sommet ce qui veut dire que ce cross n'est que grimpette sévère ou descente casse-pattes sur des cailloux chafouins prêts à vous chiffonner chèrement la cheville. 


J'ai le temps d'assister au cross des petits, Marc est là à encourager les gamins verts de Condé qu'il entraîne toujours. Il semble bien qu'il ait jeté l'éponge le Marc, on s'en était pourtant payé une bonne tranche il y a deux ans quand nous nous étions battus pour la quatrième place V3. 


Vertubleu ! Les garçons et les femmes démarrent sévère pour ce deuxième cross. Ils savent vraiment ce qui les attend ? Il me reste trente minutes à tailler le bout de gras avec les types présents. On se connaît tous et on sait où chacun se situe dans le classement. J'avise Pierre qui a généralement la mauvaise idée de terminer devant moi alors qu'il est V4. Je lui demande quelle est sa recette pour être aussi performant à 70 ans. 
"Oh, tu sais, c'est parce que j'ai commencé la course assez tard... à soixante ans, alors j'suis pas usé.
- C'est comme moi, répond-je bêtement, j'ai démarré la course à 37 ans, avant j'avais fait du Judo pendant 25 ans.
- Ah ouais moi aussi, j'en ai fait à Alençon mais pas longtemps, le prof il me faisait peur.
- Tu veux parler de X..., celui qui a été mis en tôle en 70 pour avoir agrandi le cercle de ses élèves ?
- De Diou, c'était lui, ben mon côlon je l'ai échappé belle... et toi, tu as continué le judo ?
- Ah ouais, j'suis ceinture noire mais je cours moins vite que toi..."

Effectivement, Pierre va me mettre 21 secondes dans la vue.


Il est 15h45 et le soleil fait mine de se coucher, je range mon appareil photo et je me mets sur la ligne de départ. Premier tour avec Xavier et Joël, je sens qu'il ne faut pas trop tirer, les poumons ne sont pas à cent pour cent. Le nez est dirigé vers le sol, racines et cailloux nous font des clins d’œil. Au deuxième tour, je me dis que la prudence ça suffit et je passe la seconde. Une belle descente plus tard, je lâche mes camarades et quelques buttes après, j'ai gagné dix places. Ce ne sera pas de trop pour finir 35 sur 53 et 12ème V3. Histoire de retrouver un peu de sensations, je force dans la longue montée de l'arrivée et j'ai quelques spasmes vomitifs sur la ligne. Y'a du progrès, je n'ai plus besoin d'aller vite pour me sentir mal. Ben je n'ai plus qu'à enfiler deux vins chauds et du gâteau au citron puis retour à Alençon et dodo car demain, le Mustang passe me prendre.

Cross FFA de Montfort le Gesnois
(Cross V2-V3-V4- 7500m)
3 décembre 2017

Crrrouîîîk ! Je me lève à 7h30 et je me sens rouillé comme un bateau échoué en mer d'Aral...

Photo Daniel Kreher

Ma douche de bourgeois me ragaillardit quelque peu, je mange comme un chancre puis je regarde dehors : ça caille et ça brume. Effectivement, quand le Mustang passe me chercher, il fait moins un.

Dix heures du matin, on a l'impression d'être à l'aube, nous arrivons à Montfort le Gesnois sous une petite pluie verglaçante. Le Mustang et moi nous montons la tente du club qui accueillera nos athlètes au fur et à mesure de leur arrivée. Bravant la mode et le bon goût, j'arbore des gants en polaire et un horrible bonnet du même métal. Je suis ridicule mais je n'ai pas froid, et puis on ne me connaît pas trop au sud du Mans. Au bout d'une demi-heure d'installation, je dois aller m'échauffer, enfin, c'est un terme inadéquat en l'occurrence car dès que je me mets en short, je sens mes poils des jambes givrer. Je garde ma veste chaude jusqu'à la dernière minute puis la confie au Mustang qui fera des photos tout au long de la journée.

Bon, on n'est plus en FSGT. Ça va vraiment très vite d'autant plus que le terrain est très facile. Alors qu'en FSGT, on nous jetterait bien des sangliers en travers des pattes, ici ils passent le balai sur le parcours pour ne pas qu'on se salisse ! La FFA, c'est des fusées sur des terrains pour les gamines.

Quatre tours à faire, je me retrouve vite seul. Je me cale sur une vitesse de 11,5 km/h et je n'en décolle pas. Un petit tour de stade et c'est une jolie balade parmi les pins maritimes. Ce terrain cénomanien très sablonneux rappelle l'époque où les océans étaient 150m au-dessus du niveau actuel. Je cours sur la plage en quelque sorte... Et en plus je ne suis pas gêné par la foule...

Photo Mustang

Au bout d'un moment, je rattrape un néo-V2 qui prend le cross avec philosophie. Il me demande : "C'est toi qui accélères ou c'est moi qui ralentis ?" Je lui confirme que je n'ai pas changé de rythme en essayant de me trouver des excuses :"Oh, tu sais à un mois de mes 62 ans, j'vais pas me tuer et puis j'ai couru un cross hier, alors...
- Ben moi, je vais en avoir 50 et je rame déjà..."

Photo Mustang

Je n'ai pas le temps de lui conseiller d’arrêter les rillettes avec les frites qu'il me décolle comme un vieux papier peint des années 50. Bizarrement, je me sens plutôt bien, le froid ne me gêne plus et l'ambiance cross me plaît toujours autant. Et il y a le Mustang pour m'encourager à chaque tour. Tout cela me fait penser à la saison 2007-2008 où nous bataillions tous deux maintes fois dans l'année et où je gagnais presque toujours en cross et lui presque toujours en trail. 

Photo Mustang

A l'arrivée, j'essaie de me composer un style cool et élégant histoire de faire encore illusion. Durant la dernière ligne droite, j'assiste à la montée des trois premiers V4 sur le podium, c'est dire si j'ai couru avec la circonspection d'une hyène dans un champ de mines. Je finis (c'est le mot) 65ème sur 68 coureurs, la grande classe ! Et je n'en suis même pas mortifié, c'est nouveau.

Je me change, enfilant cinq épaisseurs de vêtements, j'ai l'air d'un bonhomme Michelin. Les autres athlètes du club arrivent progressivement : poussins, minimes, cadets, juniors, seniors et V1. Je suis le Mustang sur chaque course, encourageant les jeunes à chaque fois. Entre deux courses, je me sers en rillettes et en frites à la table installée devant notre tente. J'ai amené une bouteille de rosé mais les jeunes goûtent peu ce genre de breuvage, je me sens obligé de taper dedans à plusieurs reprises, ne buvant qu'une seule bière par politesse vu que je n'allais pas froisser le Mustang qui avait amené la cervoise. 

Six heures trente sur place dans un froid polaire, il est temps de démonter et de rentrer. Dans la voiture, j'ai du mal à tenir la conversation... en repensant à ma journée, je m'aperçois que je n'ai pas bu une seule goutte d'eau depuis le petit déjeuner. C'est donc ça, si je cours comme une serpillière élimée, c'est parce que je suis déshydraté, c'est pas parce que je suis vieux. Ça me rassure !


vendredi 1 décembre 2017

En ville avec Tonton Gilles

Ce jour d'hui, le Lutin ne va pas vous présenter ses propres photos mais celles d'un photographe assidu de sa bonne ville d'Alençon, j'ai nommé Tonton Gilles :

 Portrait de Tonton Gilles par le Lutin d'Ecouves

Depuis plusieurs années, ce photographe amateur et néanmoins talentueux du club photo de Courteille sillonne sa ville quotidiennement pour la photographier en long en large et en travers, parfois accompagné par votre serviteur à qui il dispense doctement des conseils techniques et esthétiques. Nombreux sont maintenant les Alençonnais qui connaissent ce barbu chapeauté à queue de cheval qui ne se déplace qu'avec son sac à dos empli de matériel photographique surmonté d'un lourd trépied.

De nos pérégrinations, j'ai ramené quelques intéressants clichés mais jamais je n'ai eu l’œil ou l'expertise de l'homme au chapeau qui sait regarder sa ville avec une acuité technique et artistique qui confine parfois au fantastique. Cliquez sur chaque photo pour obtenir un plus grand format (Retour : croix en haut à droite de la photo).


Le Gagne-Petit, un bâtiment commercial datant du début 20ème vu un soir d'octobre particulièrement lumineux lors duquel la Sarthe joua le rôle d'un miroir sans défaut.



Notre-Dame et la Providence vues de la gare de bus, l'on perçoit ici le goût de l'auteur pour la photo graphique à tendance géométrique comme pour les suivantes :


Juste un alignement de chaises au garde à vous...


... Ou cette clôture élégamment décorée de givre.


Parfois, la géométrie le cède au Zen...

Il ne faut pas croire que Tonton Gilles ne pratique que le cliché désincarné, certaines photos sont habitées :

La Grande Rue un soir d'emplettes

 Rue du Pont-Neuf 

Rue aux Sieurs

Parfois, les personnages relèvent eux-mêmes l'aspect géométrique de la photo :

Parc de la Providence

Parc des Promenades

Et parfois, certains personnages sont pour le moins fantomatiques :

Pont de la Fuie des Vignes

Si la couleur fait parfois brutalement irruption dans son œuvre, Tonton Gilles préfère souvent le noir et blanc pour exprimer son talent :

Décoration de Noël à la Gare de bus

La passerelle et Notre-Dame

Le noir et blanc se fait soudain subtilement fantastique et l'on se demande si l'on est encore en ville...

Le parc de la friche Moulinex

Harpe végétale en bord de Sarthe

Oui, est-on vraiment en ville ou dans un autre monde ?

Fuie des Vignes (Photo couleur)
Zone inondable située à côté du centre-ville

Tonton Gilles a aussi un intérêt immodéré pour la gare qui se trouve à proximité de son domicile et, sous son regard, la SNCF prend un tout autre visage :


La passerelle devient incandescente...


... la gare se fait spectrale et l'on peut y voir d'étranges personnages :

Autoportrait en fantôme


A consulter :