jeudi 23 mars 2017

Auprès de ma brume

Le printemps se fait discret et il tombe une méchante petite bruine glacée qui n'incite pas au sourire. Je chemine comme à l'accoutumée avec Tonton Gilles à la recherche du cliché qui va morceler la grisaille du quotidien et nous permettre d'apercevoir un peu de bleu à travers l'objectif de nos boîtes à images.

Arrivé au niveau de l'école de musique, je rencontre un ancien parent d'élève de mon ex-école qui me salue en me demandant si j'apprécie la retraite. Il m'envie, semble-t-il, étant prof de lycée lui-même. Il a envie de parler et je ressens un profond malaise exsuder de son discours.

Le lycée découvre à son tour la gestion de disparités de niveau parfois astronomiques pour ne pas dire abyssales. Effectivement, tout le monde prend le Bac et le vaisseau tangue.

"Vous vous rendez compte, il nous est arrivé tout un paquet d'élèves en seconde qui étaient là parce qu'il n'y avait plus de place en BEP. Ils planent complètement ! Et nous, on rend des évaluations acceptables à l'Administration car si on est trop mauvais, elle nous coupe les vivres... et tout ça à trente-cinq par classe !"

Je connais l'histoire et je plains ces pauvres profs, l'Université ne les avait pas préparés à cela. Je sens qu'on va tourner en rond et que ça va finir par me gâter le sang car, si je suis hors circuit, les heurs et malheurs de l'Enseignement m'atteignent toujours. 

A ce moment, nous sommes alpagués par une dame , mère d'un ado de quinze ans qui nous demande que faire pour que son fils puisse accéder à une classe prépa au terme du lycée.

"Vous comprenez, j'ai été obligée de l'inscrire au CNED durant le collège et ce qu'il fait au lycée n'est pas suffisant, il va falloir que je lui fasse donner des cours supplémentaires et puis dans sa classe, il y en a qui n'ont rien à y faire et puis..."

Le prof et la mère d'élève débattent sous nos yeux (Tonton Gilles est resté muet), c'est un dialogue de sourds entre le professeur qui cherche à gérer correctement des groupes avec des bons, des moyens et des faibles et la maman qui ne voit que l'intérêt de son enfant.

Le petit instit à la retraite n'a plus grand chose à dire dans ce débat. Moi, j'ai toujours géré des gamins de niveaux hétéroclites et j'ai bricolé ce que j'ai pu en résistant bien souvent à une administration aux lubies diverses et souvent contradictoires. Je salue poliment la compagnie.

En manque d'agrumes par ce temps de brume, je passe faire quelques courses au supermarché près de chez moi, j'y croise la maman de N... que j'ai eue en CP il y a bien longtemps. Elle vient de terminer l'Ecole des Chartes et intègre prochainement le conservatoire national supérieur de Paris en classe de viole de gambe. Sa maman est très fière et il y a de quoi. Elle avait tenu à ce que sa fille fasse son CP alors qu'elle savait déjà lire. J'avais établi un modus vivendi avec l'enfant : elle apprenait diverses choses dont un peu de rigueur et je ne l'embêtais pas avec la lecture. Tout s'était bien passé. 

La maman ne peut s'empêcher de me dire que son fils F... que j'avais eu en CP et CE1 passe cette année son agrégation d'histoire. Je m'en souviens de celui-là, il avait tenu à monter une expérience (réussie) d'électrolyse de l'eau en fin de CE1. Ces gamins, on l'aura compris, avaient eu peu besoin de moi pour bien démarrer à l'école.

Il n'y a pas si longtemps, en me faisant couper les cheveux, je parlais avec le père d'un petit garçon en grande difficulté auquel je n'avais pas vraiment réussi à apprendre à lire lors de sa première année de CP. J'en avais été vraiment malheureux. Les années ont passé, L... vient de passer son CAP en alternance et son patron veut le garder et même l'aider à passer son Brevet Professionnel. Le gamin qui subissait l'école comme une potion amère se lève maintenant à six heures du matin pour aller au boulot. Il aime l'ambiance des chantiers. Il a trouvé sa voie.

******

La balade se termine, Tonton Gilles, toujours pertinent, discourt sur une certaine classe sociale qui a émergé dans la deuxième moitié du vingtième siècle et qui  s'ingénie à se reproduire en bloquant les accès aux ascenseurs sociaux en utilisant paradoxalement l'arme du politiquement correct. J’acquiesce à ma manière normande : "C'est pas faux..."

J'ai l'esprit un peu nuageux.










dimanche 12 mars 2017

Un vendredi à Paris

Il est des occasions à ne pas rater sinon on s'en mord les doigts jusqu'à l'épaule... Vermeer est depuis longtemps un de nos peintres préférés et l'occasion d'admirer le tiers de sa production ne se représentera pas de sitôt. Ou alors la prochaine fois il faudra quelqu'un pour pousser nos fauteuils.

On est dans les temps. Notre Ford pourrite  est à l'abri dans un parking près de l'Opéra, nous cheminons vers le Louvre. 


Heureusement que j'ai réservé mon créneau de visite, on ne va pas trop attendre ! Oups, c'est quoi cette longue procession ? J'avise une dame avec un badge.
"Bonjour madame, c'est là Vermeer ? 
- Ben oui, la queue est là."
Je vérifie que ma braguette est bien fermée et je me dirige vers la  file d'attente.

Au bout de trente minutes, nous rejoignons une... seconde file. Damned, encore une demi-heure de poireautage ! J'en profite pour observer les gens qui m'entourent. Tiens, il n'y a pas de Chinois ! Heu non, on est plutôt à Versailles et ils sont tous assez vieux pour avoir... notre âge.

J'avais pourtant pris mes précautions sur la route mais les rognons ont encore frappé, j'espère qu'ils ont prévu des toilettes à l'intérieur de l'expo. Euh non, Prostaman va encore être obligé d'attendre.

"C'est le mur" qu'il nous dit le type à l'entrée pour nous signifier qu'il y a du monde, nous allons donc voir les tableaux de Valentin de Boulogne pour patienter.

Les Tricheurs (Document Wikipedia)

Maître des mains et des expressions, Valentin peint sur des grands formats pour des clients italiens. Avec Vermeer, nous passons dans un tout autre monde. Et quand je dis Vermeer, il s'agit de Vermeer et ses contemporains comme Gabriel Metsu ou Gérard Dou, maîtres de la Fijnschilderei (peinture fine).

Metsu : Jeune homme écrivant une lettre
(Document Wikipedia)

La beauté des tableaux du Maître de Deft et de ses contemporains finit par me faire oublier la pression hydrostatique et nous prenons le temps de regarder chaque œuvre avec  de grandes délices (j'ai mis un adjectif pour faire mon pédant).

Nous finissons par nous lier avec une dame de St Lô avec laquelle nous commentons les derniers Vermeer, bien sûr la dentellière (Ah, ces fils entre ses doigts !) et, incontournable, la laitière. Le premier qui me sort un yaourt, je l'assassine !

(Document Wikipedia)

En direct live à cinquante centimètres du nez, c'est un choc esthétique. Nous voyons ce qu'il est impossible de voir sur une reproduction, le tableau semble habité, les couleurs, les couleurs ! Jusqu'au trou dans le mur... une idée de la perfection. Nous sommes trois à commenter le tableau, surtout ma Josette qui tient le pinceau depuis moult années et la charmante dame de St Lô. Au bout d'un moment, une Versaillaise grince derrière nous et il nous faut décaniller.

Ouf, je visite enfin les toilettes du musée après presque deux heures de visite. On raconte des salades, les toilettes elles ne sont pas d'époque.

Il nous reste du temps, nous musardons dans le palais, nous arrêtant çà et là. Mon œil de lutin repérant quelques jolies choses...

Fragonard : Le feu aux poudres

Inévitablement, nous sortons du musée par la boutique de souvenirs. Nous regardons avec dédain les gens sortir de là avec leurs assiettes Joconde ou   leur Victoire de Samothrace en plâtre. Peuh, quel mauvais goût, qu'ils repartent vers leurs pénates avec leurs souvenirs kitschs.

Mais mais, regarde ça !!! Oh génial, ça va plaire à Arielle qui va bientôt avoir trois ans ! Et c'est comme ça que Papy et Mamie sont repartis avec un cadeau kitsch. La honte !


Et c'est pas fini la journée ! Direction l'Olympia ou plutôt le café de l'Olympia où nous mangeons notre croque-madame dans une crypte au sous-sol. Un demi-litre de bière nous requinque grave comme on dit chez les jeunes, euh enfin, on n'est pas chez les jeunes. Ça sent même le vieux rocker. Ils viennent certainement assister au même spectacle que nous.

Photo de ma Josette

Ah, les toilettes du café de l'Olympia sont super et la serveuse très sympa ! Vite, nous allons voir... tadaaa !!!


La légende du blues blanc ! John Mayall, 84 ans au mois de novembre. In-con-tour-na-ble ! Mayall fait partie de notre histoire. C'est Josette qui m'avait prêté Blues From Laurel Canyon alors que nous étions en seconde, elle m'avait aussi fait découvrir Jethro Tull et les premiers Pink Floyd mais c'était certainement Mayall qu'elle préférait. Mayall, une vie de blues pour lui, une vie pour nous. Quarante-cinq ans après la seconde du lycée, nous allons enfin le voir et l'entendre.

Ah la vache, ils sont tous là ! Le Baby Boom a débarqué, la moyenne d'âge explose les soixante ans, je ferais presque jeune.

Le gars en première partie tient une demi-heure et après, le type au micro nous annonce que l'Olympia nous offre vingt minutes d'entracte. Bon coureur, je gicle vite vers les toilettes. Grand bien m'en fasse, quand je sors après avoir vidangé un bon demi-litre de Grimbergen, je m'aperçois que tous les types de la salle se sont donné rendez-vous aux gogues. Elle est impressionnante la queue, euh, la file d'attente. Il fallait s'y attendre avec autant de croulants dans la salle. Ah oui, croulant, c'est le mot qu'on utilisait dans les années soixante pour désigner les plus de quarante ans... j'en ai maintenant soixante et un et j'apprécie le terme à sa juste valeur... ouille !


Papy Mayall a bien pris un peu de bide mais il a une pêche d'enfer. Il joue en trio avec un jeune bassiste tout fou et un très bon batteur qui fait le Jabba sur son siège. Au bout de deux morceaux, le gamin plante son ampli de basse et, le temps de la réparation (un ventilo collé derrière la machine), John Mayall nous gratifie de deux impros au clavier puis à l'harmonica. Nous, on est sur le cul ! Le concert reprend et c'est une heure un quart de blues légendaire. C'est un peu comme Vermeer, nous entendons ce qui est impossible à entendre sur disque, le blues est incarné.

Rentrés à une heure trente du mat', nous nous couchons vite. J'ai un cross à courir à seize heures nom de d'là ! Evidemment, au lever, le premier disque que Josette met dans mon lecteur CD d'ancêtre (un Sony 557 ESD de 1987), c'est le double album du 70ème anniversaire de John Mayall. A l'époque, il était vraiment jeune, non ?

Je vous laisse apprécier "Somebody's acting like a child", un extrait de Laurel Canyon interprété en 2003 par John Mayall and the Bluesbreakers featuring Mick Taylor et Buddy Whittington à la guitare, du grand art :







lundi 20 février 2017

Des femmes et de la lumière

Lassay les Châteaux
19-02-2017


Belle journée de février dans mon pays Normandie-Maine, Lassay est à cinquante minutes de la maison. Depuis quelques temps, nous avons pris l'habitude, mon épouse et moi, de nous intéresser de plus près à notre région et aux trésors qu'elle recèle. On n'est jamais déçu quand on sait où observer...


Le but de la balade de ce jour d'hui est une chapelle privée érigée en 1651 et notre guide est Cathy, passeuse de lumière. Cathy est la preuve que les gens ne sont pas forcément rancuniers : j'ai appris à lire à trois de ses quatre enfants et elle ne m'en tient pas rigueur. Cela dit, quand elle est tombée en panne de graphiste pour son dernier projet de vitrail, elle s'est dit qu'il fallait mieux faire appel à ma Josette plutôt qu'à moi... Un vitrail avec des cochons roses, ça aurait pourtant eu de la gueule.


 A l'origine, il y avait ces vitraux à restaurer. Il paraissait évident que le transfert de la partie gauche en bas de celle de droite s'imposait. C'est en faisant ce transfert sur écran que mon épouse s'est aperçu d'un problème : un des panneaux de droite avait été remonté tête en bas. Une petite manipulation informatique donna un aperçu de la forme originelle du vitrail :


Restait donc à créer le vis à vis du vitrail ancien, une création à la fois contemporaine et respectueuse du lieu :

Projet graphique de Josette

Dix mois plus tard, Cathy a créé le vitrail moderne dans son atelier, démonté et remonté l'ancien puis posé son vis à vis.

Ce dix-neuf février, il fait grand soleil et ma première impression est colorée :


Le vitrail contemporain est une réussite et il anime puissamment les murs de la chapelle.

Création de Cathy

Je m'empresse de faire un ensemble de photos pour immortaliser le résultat de la collaboration des deux amies.


Nous terminons la promenade par un  tour vers le château du XVe, goûtant la douceur de l'atmosphère en cette aimable jour d'hiver.




samedi 11 février 2017

Humour marocain

Vu chez un vendeur d'enseignes à la médina de Marrakech :
 





vendredi 3 février 2017

Marathon de Marrakech 2017

Au pied de l'Atlas


Au commencement étaient les Titans et les Dieux. Plus malins, plus vicieux et plus cruels, ces derniers gagnèrent la bataille qui les opposa et les Titans furent précipités dans les ténèbres du Tartare à l'exception d'Atlas qui fut condamné à supporter la voûte céleste.

Bien longtemps après, il y a seulement mille ans, les Almoravides s'abritèrent au pied de ce géant aux bras hauts de quatre mille mètres pour fonder la perle des portes du Sahara : Marrakech. C'est maintenant une ville de près d'un million d'habitants foisonnante, grouillante de vie, bruissant d'énergie, éclaboussée de lumière. 


Avant le marathon


Pas de problème ! Ce devrait être la devise du Maroc. Que ce soit Monsieur Chérif, Jamal ou Mustapha, tous ceux auxquels nous avons eu affaire avaient une solution à n'importe quel type de problème. Une solution accompagnée d'un sourire, ce que j'ai vite appliqué lors de mes pérégrinations quotidiennes dans la ville pour preuve la réaction d'un commerçant auquel j'avais refusé un achat et qui me salua avec un : "Et merci pour le sourire..."

Oh, bien sûr, Marrakech n'est pas un paradis et mon premier contact avec la Médina (vieille ville) fut rude. Accompagné de  ma Josette et de Mr et Mme Mustang, je n'en menais pas large. Le choc culturel fut intense pour le Lutin des forêts que je suis.


La Médina (200 à 300 000 habitants sur 600 ha), c'est du bruit, des centaines d'échoppes de quelques mètres carrés, des ânes chargés comme des mulets, du monde, du monde, du monde et des centaines de mobylettes qui vous frôlent à des allures pas raisonnables sans jamais vous toucher. La Médina, c'est aussi une grande pauvreté, des mendiants que l'on ose à peine regarder, un désordre indescriptible, un fouillis grouillant mais vivant. 

Vivants, tellement  vivants ces Marrakchis que la remembrance de ma société vieillissante me faisait parfois accroire que nous n'étions plus que des spectres diaphanes qui errions sans but dans un monde qui n'était plus fait pour nous.


Au-delà des dix-neuf kilomètres de remparts almoravides s’étend la ville moderne dont la perpétuelle construction respecte avec goût le style de la ville ancienne. Costumes occidentaux et traditionnels, jeunes filles en jeans et femmes voilées mais plus de pauvreté visible, ici le chant du muezzin se fait plus puissant pour dominer le bourdonnement du vingt et unième siècle.

Rejoints par les vingt-cinq autres membres de notre groupe, nous sommes allés chercher les dossards pour le marathon et ainsi profité pour flâner, baguenauder, musarder, trafeter ici et là, terminant par le jardin Majorelle cher à Yves Saint Laurent.


De retour par un raccourci traversant la Médina, nous nous sommes perdus dans un dédale de rues, échouant dans des lieux désertés par les touristes où les Marrakchis travaillent, circulent, vendent sans repos. J'avais parfois l'impression de me trouver dans une version berbère d'un roman de Dickens ou de Victor Hugo. Evidemment, notre raccourci nous rallongea...

Repas en commun le soir au riad : avec nos amis Jamal et Mustapha, nous sommes trente et un dans le petit snack en bas de chez nous, les filles sont mises au chaud tandis que les hommes mangent dans l'allée. Je n'apprécie que très moyennement cette séparation des sexes mais je ne suis pas chez moi... La seule compagnie des hommes me laisse toujours hémiplégique mais j'arrive quand même à alimenter la conversation qui tourne autour du sport. Je suis incurablement bavard, on ne se refait pas.


Pourquoi ce marathon ?

Parce qu'Allain, voilà la réponse que je développe dans cet article de l'Orne Hebdo :
 
Photo Orne Hebdo

Allain, avec deux ailes

Cela a commencé dans les années 90. A l’époque, j’en avais assez des capilliculteurs habillés comme des cosmonautes et j’avais décidé d’aller chez un coiffeur qui coupait juste les cheveux et incidemment discutait avec son client.

C’est un peu par hasard que je me suis retrouvé dans le salon de coiffure d’Allain Lebossé dont les miroirs étaient encadrés de médailles, diplômes et coupes (autres qu’au rasoir). Ma curiosité naturelle me fit engager la conversation sur ce que je ne pouvais que voir devant moi : les mots course, marathon et même 100 km (en courant !!!?). Je ne savais pas que je mettais le doigt de pied dans l’engrenage. C’est ainsi que j’ai intégré la bande à Lebossé et littéralement appris à courir à l’instar de bon nombre de sportifs locaux qui croisèrent un jour sa route.

Allain, avec deux ailes, m’accompagna sur mon premier semi-marathon puis, de conseils en incitations, me convainquit que moi aussi je pouvais courir un marathon, discipline que je croyais jusqu’ici réservée aux surhommes. Puis ce fut le tour du trail : 30, 40, 50 et même 80 km, sans parler du  mythique 100km de Millau… Cela prit le temps qu’il fallut, Allain n’a jamais bousculé quiconque ; adepte de la méthode douce, il amenait chacun à se dépasser ou plutôt à se révéler à travers le sport.

Plus de vingt ans ont passé et je croise toujours la foulée de ce mystique de la course à pied. Grâce à lui, j’ai déjà bien entamé mon deuxième tour de monde en distance parcourue et partagé notre passion avec d’autres auxquels j’ai à mon tour tenu la main sur les chemins du marathon.
En cette fin janvier, Allain va courir son 42ème marathon à Marrakech en hommage à Serge Vigot, ancien organisateur du marathon d’Argentan et créateur de celui de la Rochelle. Nous serons une bonne vingtaine à l’accompagner pour son dernier marathon.

Dernier marathon, c’est son choix mais sa vie de coureur ne s’arrête pas là. A bientôt soixante-sept ans, il lui reste encore à courir son dixième cent kilomètres de Millau mais aussi à arpenter longuement les pistes du désert marocain, sa seconde patrie qu’il aime tant…


Le marathon


C'est la troisième fois que je participe à une épreuve avec Sandrine, sorte de lutin féminin, la discrétion en plus. Elle n'a pas encore quarante ans et je viens d'en avoir soixante et un : nous nous croisons sur le plan des performances. Elle m'a largement dépassé au niveau 100 km, elle m'a égalé sur 10 km et je lui ai prédit qu'elle était sur le point de me poutrer sur marathon. Elle a suivi mon entraînement et, prudent, je lui ai signalé que je la suivrai au moins trente km mais que si je ressentais la moindre fatigue, elle avait pour consigne de tracer sa route sans s'occuper de moi. Notre objectif : 3h39, certainement ma limite vu mes performances actuelles. C'est la première fois que je vais accompagner quelqu'un en étant moi-même au taquet. Je ne suis pas sûr de moi mais n'en laisse rien paraître. L'ancien maître d'école sait préserver les apparences...


Le trajet du marathon fait le tour de la ville, passant par de grandes artères peu typiques, quelques petits passages sympas agrémentent cependant notre parcours. Les Marrakchis sont chaleureux et sympas ; il y en a un autre qui est chaleureux, c'est le soleil... Alors que j'avais bâché Sandrine au départ car il ne faisait que six degrés, je me suis vite aperçu que la température montait rapidement pour à terme culminer à vingt-cinq degrés. Nous qui avions effectué notre dernier entraînement long la semaine précédente entre -9° et -4°, vous imaginez le choc thermique !

Nous nous étions mis d'accord sur un rythme allant de 11,6 à 11,8 km/h, ce qui ne posa aucun problème pendant un bon moment, je dus juste réfréner les ardeurs de ma jeune camarade par moment quand elle passait parfois la barre des douze à l'heure.
  
Photo de ma Josette

Le semi fut bouclé en 1h49, nous laissant un battement d'une minute pour remplir notre objectif. Le peloton s'était bien étiré, nous entrâmes ensuite dans la palmeraie, certainement la partie la plus typique du marathon. A partir de cet endroit, la circulation était de moins en moins régulée et les automobiles se rencontraient fréquemment sur le parcours sans toutefois poser trop de problèmes, les conducteurs ayant un comportement plutôt bon enfant hormis ce chauffeur d'une grosse Mercedes noire qui, arrivant pile en face de moi, ne se déporta qu'au moment où je m'apprêtais à marcher sur son capot. 


Le trentième kilomètre passa sans encombre mais je sus que la partie n'était pas encore gagnée quand je ressentis les premiers signes de fatigue. Il ne fallut pas plus de trois kilomètres supplémentaires pour que je réalise que la machine se détraquait. 11,5 puis 11,4 km/h, je devais réagir vite : "Je suis en train de ralentir, file maintenant !" Légère protestation de Sandrine. "C'était convenu, tu as un record à battre, pas moi !"


Et voilà, l'oiseau s'envola. Je pus enfin me dégonfler comme une vieille baudruche oubliée en plein soleil au bord du chemin poussiéreux. Ma prédiction était la bonne, Sandrine venait de me dépasser en performance sur marathon. J'étais poutré mais j'avais eu raison. C'est toujours bien d'avoir raison, surtout quand votre corps vous donne tort... Onze, dix à l'heure, à ce moment, je pouvais espérer accrocher les 3h45, l'arrivée n'était plus si loin. Oui, mais...

Oui mais, la chaleur aidant, je me sentis de moins en moins bien et je finis quasiment par ramper sur le bitume surchauffé de la ville nouvelle. Dépassé par mon camarade Eric qui m'encouragea au passage, je rentrai dans ma bulle pour tout oublier : souffrance physique et déception de ne pas terminer avec Sandrine. Alors que j'approchais du quarantième kilomètre, une main tapa sur mon épaule : "Alors pépère, on s'traîne?" C'étaient les deux Joël qui arrivaient en pleine forme derrière moi et en se moquant gentiment du gastéropode décédé qu'ils suivaient depuis peu... Cela me fit l'effet du poisson sorti de son bocal : je me mis à marcher. Les deux gaillards m'encouragèrent à les suivre mais c'était comme inciter un cul-de-jatte à faire du saut en hauteur. 

Tout cela n'était qu'un prêté pour un vomi... je m'étais plusieurs fois moqué des deux compères quand je l'avais pu et j'avais d'ailleurs la veille raconté à l'assistance comment je m'étais gaussé d'un des deux gars au trentième kilomètre du marathon du Mont St Michel en lui jouant un air de bagad alors qu'il débutait son agonie marathonienne. 

Cette avanie, je ne l'avais pas volée. Quand on est un lutin, on doit accepter cela. Je marchai pendant un bon mille cinq cents mètres puis je repris ma course de mourant histoire de faire bonne figure à l'arrivée.


Ah la vache, c'est long ! C'est looong !!! La dernière ligne droite me parut interminable, d'autant plus interminable qu'une fois passés les 42,195 km, il restait encore bien 400m à parcourir. Les Marocains sont un peuple généreux et il ne veulent pas que l'on qualifie leur marathon d'étriqué. 3h57min51s, c'est anecdotique.


Je suis vidé, crevé, exténué, éreinté, vanné, délabré, harassé, fini. Accueilli par les amis coureurs et supporters du groupe, j'enlevai mes chaussures et attendis l'arrivée des suivants non sans demander son chrono à Sandrine. Elle a bouclé ces 42,600km en 3h39min52s de temps perso. Elle a battu son record, une satisfaction pour elle mais aussi pour moi qui l'avais entraînée. Avec l'âge, les satisfactions, c'est comme les raideurs, ça se déplace.


Le héros du jour arriva enfin. Allain avait bouclé son 42ème marathon, nous étions vingt coureurs à l'accompagner pour lui rendre hommage. Une page était tournée.


Après le marathon


Le marathon, c'est comme l'amour, c'est ce que l'on ressent après qui est le meilleur. Il  nous restait deux jours de baguenaude à effectuer et nous en avons profité pour visiter, chiner, flâner. 


La Médina étant le seul endroit au monde où il est bon de se perdre, nous en avons largement profité. Se perdre pour s'amuser, se perdre pour découvrir les beautés d'une ville millénaire, se perdre pour enfin se retrouver. 

 Marrakech, restaurant Dar Cherifa (XVIème siècle)
31 janvier 2017



dimanche 18 décembre 2016

Douze mois et douze émois

Petite rétrospective de l'année 2016 issue de mes balades en compagnie de mon Hybride Panasonic, de mes compacts Sony et bien souvent de Tonton Gilles le marcheur infatigable qui ne quitte jamais son Reflex Canon.

 
Janvier

Alençon, 21-01

Belle journée froide, nous revenons du Parc des Promenades et je m'aperçois que le célèbre toit métallique de la Halle aux Blés installé en 1865 par l'ingénieur Croquefer semble faire une partie de bilboquet avec la Lune.


Février

 Alençon, 15-02

A ses pieds, j'ai vu nager des bœufs... Dures et fières, les ronces aidées de la mousse et du ruisseau du Gué de Gesnes rongent patiemment ce mur qui s'effondre non loin de l'hôpital. On est sur un ancien marais et la nature reprend ses droits. 
Mars
 Forêt d'Ecouves, 17-03
Des chatons comme une promesse de printemps... Insensible aux saisons dans mon jeune âge, j'ai bien changé. Le Temps m'a ouvert aux autres et aux choses simples. 
Avril
 Alençon, 07-04
Les feuilles des ancolies ont cette belle particularité de contraindre la rosée du matin à former de jolies perles d'eau qui disparaissent ensuite au soleil sans mélancolie. Délicat et beau...


Mai

Alençon, 26-05

Mon jardin sert souvent de pâture aux représentants du petit monde, il ne me nourrit guère mais me donne l'occasion d'admirer la grande beauté de cette faune fantastique. Le Lutin aime tous les animaux...


Juin

Belle-Ile-en-Mer, 14-06

Comme un moucheron se détachant à peine sur le ciel gris, un minuscule personnage donne la mesure des formidables falaises de la Pointe des Poulains. Belle-Ile... tout est dans le nom.


Juillet

Alençon, 13-07

Veille de Fête Nationale. Deux secondes de pose et la fumée semble des dragons vomissant leur verte fureur sur l'Hôtel de Ville. Parfois, les lendemains ne chantent pas...
Août

Alençon, 25-08

Minou Gris, c'est comme cela que nous l'avons appelé. Chaque matin, il vient nous voir quelques minutes puis repart vers ses rêves de prédateur. Les soirs d'été, il nous observe dîner sur la terrasse. C'est un tueur sans pitié et un opportuniste souvent mal embouché. Nous l'aimons bien...
Septembre

Vallon-Pont-d'Arc, 25-09-2016

Dans les couloirs du Temps... Juste avant un plongeon de 36 000 ans, le Musée de la caverne du Pont d'Arc nous offre cet instant de perfection géométrique. Mon épouse me précède, nous sommes ensemble, nous sommes bien.
Octobre
 Alençon, 26-10

Couleurs et reflets, Alençon est un jardin au bord de l'eau. Tonton Gilles réussit mieux que moi ses clichés des miroirs de la Sarthe mais mon petit Sony s'est quand même bien débrouillé ce jour-là...


Novembre

Alençon, 17-11

Fleur de la Passion oui, mais pas amoureuse... La passiflore fait symboliquement référence à la Passion du Christ. Celle-ci est originaire du Brésil et se permet d’être toujours en fleur en novembre. Tant de Constance (Elliott) mérite le respect.
Décembre
 St Germain-du-Corbéis, 15-12

Il est 16h30, c'est déjà le soir, je n'ai pas vu cette grande buse se poser et c'est Tonton Gilles qui me signale le plan. Nous avons marché dix kilomètres et je n'ai réussi qu'un cliché. Cela suffit à mon bonheur...