mercredi 25 avril 2018

Trail du Verdier 2018

En fait, je suis comme un canard : malgré l'âge, même sans la tête, je cours toujours. Ma saison 2018 a vraiment commencé par le marathon de Bordeaux. Chouette ! un marathon nocturne dans le Sud fin mars avec ma copine Katia. Ça nous changera de notre interminable hiver normand...  Mauvaise idée !


Passons sur cette avanie qui tourna à l'avoinée. Sic transit (intestinal) gloria mundi.

Il est temps de se réchauffer un peu...

Lagoa, Portugal
(Le petit personnage, c'est vraiment Josette !)

Quarante ans de mariage (avec la même épouse), ça se fête et de préférence au soleil. Une petite centaine de km de rando avec ma Josette et me voilà requinqué bien que plus quinqua depuis un bon moment maintenant.

Ça tombe bien car, de retour du Portugal, j'embraye aussitôt sur Alençon-Médavy, el classico bas-normand.

Photo NCAP

Malgré où grâce à une soirée huîtres et vin blanc en guise de prépa, j'améliore mon temps de l'année dernière de quelques dizaines de secondes. J'en picole derechef toute la soirée suivant la course mais par prudence, je me contente de bière et de vin rouge. L'entraînement reprend, quoi...


Le Verdier



Le carrefour du Chêne au Verdier situé au cœur d'Ecouves est bien connu des Alençonnais, ne serait-ce que grâce à cet ancien séquoia sculpté représentant un verdier (garde forestier) surmonté d'une chouette et d'une buse. L'année dernière, les gars de la XC d'Ecouves ont eu l'idée de rajouter un petit trail à leur épreuve VTT. Nous nous étions retrouvés à 70 à galoper sur 12 km de sentiers très techniques et j'avais accompli l'exploit de finir 2ème V3 sur 4, c'est énooorme !

Cette année, je n'avais pas prévu de participer une semaine après m'être sorti les tripes à Alençon-Médavy mais c'est mon épouse et ses copines qui se sont inscrites, entraînant automatiquement ma participation, ce qui me posait quelques menues interrogations :

1 : J'avais promis un entraînement forêt de trois heures la veille de l'épreuve à Katia, serai-je bien frais 24h après ?

2 : J'avais fait un podium colossaaal l'année précédente, allais-je rééditer ?

3 : Mon copain Eric, V3 comme moi, qui m'a piétiné durant toute la saison de cross et ridiculisé sur Alençon-Médavy en me mettant trois gigantesques minutes dans le rectum s'est inscrit au Verdier. Allait-il s'essuyer à nouveau les pieds sur mon Ego m'obligeant de plus à faire bonne figure vu que sa femme Colette et la mienne sont copines et courent ensemble ?

Et en plus, il a encore ses cheveux !
Photo NCAP

Une partie de la solution à mes problèmes a consisté à convaincre l’outrecuidant et néanmoins talentueux  athlète à participer à l’entraînement du samedi pour le fatiguer un peu : 24 bornes avec moi et Katia plus de la bière et du saucisson le mettront peut-être à ma portée. Qui sait ?

La course :

Photo organisation

Le petit hargneux en jaune à gauche, c'est moi. Je m'élance comme un dingue avec les jeunes car je sais que les mono-traces vont vite arriver. Boudiou, y'a de la concurrence, on est 170 c'est à dire 100 de plus que précédemment. Comble de malheur, nous sommes sept V3 à nous battre pour le podium. Me placer devant est stratégique : si un autre V3 arrive à ma hauteur, je peux éventuellement le pousser discrètement ou lui faire un croche-pied dont j'attribuerai éventuellement la faute à une racine. Sur ce genre de terrain technique pentu et hérissé de cailloux, une chute pardonne rarement. Le mauvais côté de ma stratégie, c'est que je suis obligé de poutrer comme un dingue pour garder ma place. 

Dès le début, la grande Sandrine me double. C'est vrai, elle a une tête de plus et vingt ans de moins que moi mais quand même, ça mortifie ! Je vais être obligé de la féliciter à l'arrivée ; j'ai pas le choix, elle fait partie de mon club.

Ah les cochons, ils l'ont corsé leur parcours les gars du XC ! Plus un seul moment de récupération, on se dirige vers la Croix-Madame en zigs et en zags. Ça grimpe, laçonne, et saucissonne ; ça racine, caillasse et trébuche. Ce n'est qu'embûches et chausse-trapes ; je m'astreins à regarder le sol pour ne point choir et ainsi déchoir.

 Lutin vole !
Photo NCAP

Croix-Madame puis descente vers St Nicolas, je suis content que le peloton se soit étiré car le terrain est de plus en plus piégeux. L'orage de la veille au soir a rendu certains passages très glissants et ça ne s'arrange pas au moment où il faut monter puis descendre le Rocher au Moine. C'est à cet endroit que je manque de peu de faire subir un outrage sodomite à une jeune femme qui descend trop lentement devant moi. Je m'excuse platement puis file fissa sans demander mon reste. Encore une place de gagnée. Je suis petit, je sais.

La grimpe puis la redescente vers le départ se fait dans une nature merveilleuse, dommage qu'on ne soit pas là pour lanterner car en avril, Ecouves la fleurie est magique.


Un petit tour sur l'aire de départ et c'est la deuxième partie du Huit que constitue le circuit. Chlonk ! Sur le Rocher de la Dalle, je me mange une racine et fais une démonstration de roulé-boulé avec rétablissement dans l'axe sans ralentissement du rythme. Même pas mal ! Enfin, mon hallux ne me dira pas la même chose par la suite, estimant que j'étais à un doigt de pied de la catastrophe en chutant ainsi parmi les roches hérissées et risquées.

Ah, le Rio Grande ! Ce petit affluent de la Briante qui serpente sur les pentes que nous arpentions alors adolescents. Josette et moi, l'avions baptisé ainsi lors de nos escapades printanières lors desquelles nous séchions les cours du lycée pour entamer le cours de notre vie. Ce remembrement de nos escapades sylvestres des années soixante-dix me redonne un coup de jeune et je re-poutre dans la descente de ce ru frémissant malgré la difficulté du terrain qui pardonne peu.


Il reste juste Pierre-Chien à monter et l'on bascule à cheval sur la crête qui nous mène à l'arrivée... Damnation, ils ont changé la donne : plus d'autoroute forestière mais un ensemble de spaghettis techniques et pentus, il va falloir grimper la falaise de Pierre-Chien de face ! Il faut marcher en ahanant, respirer et transpirer, souffler sans cesse sans s'essouffler. Raide et dure, rude et dernière difficulté. Arrivé en haut du calvaire vert, je jette un œil en arrière puis le rattrape aussitôt, pas d'autre vieux que moi dans la dernière descente ; je file comme un fol et franchis bientôt l'arche d'arrivée en 1h23, 68/165.

 Photo NCAP

Il m'a fallu atteindre ma troisième saison V3 pour enfin finir premier sur sept, c'est colooossal ! Je vais pouvoir faire honte à Eric et Lucien qui arrivent bientôt derrière moi, je vais les obliger à me lustrer les pompes à défaut de me pomper des lustres.

Hein, quoi ? Qu'ouï-je ? Vous ne récompensez que les juniors, seniors et V1 ? Pas de podium pour les vieux ? Je m'enfile deux bières pour digérer cela puis en commande une troisième que j'offre enfin à ma chère femme quand elle franchit la ligne avec ses copines.

Photo NCAP

Les gars de l'organisation ont la bonne idée de récompenser les trois  amies qui mettent un terme à la course. En voilà une idée qu'elle est bonne, ça c'est dans l'esprit sympa des courses au saucisson.

Annick, Colette et Josette : les mamies du trail
Photo NCAP

A propos de saucisson : re-bière, galette-saucisse et frites en compagnie des filles et d'Eric sous le beau soleil d'avril achèvent de me donner la banane. Contrairement à d'autres, j'ai l'alcool gentil et j'oublie vite mes rêves idiots de podium. Et puis d'abord, les podiums, ça donne la grosse tête et moi, j'ai toujours préféré avoir une grosse... ah zut, j'allais encore dire une ânerie !



Merci à mon cher Mustang, photographe de Normandie Course à Pied.





mardi 20 mars 2018

Pitié pour Vespa Velutina !

Vespa Velutina
Alençon 08-11-2015

Depuis quelques années, en novembre, je reçois la visite de femelles Vespa Velutina, "guêpes veloutées" en latin. C'est mignon mais quand je vous dis que ces hyménoptères s'appellent aussi Frelons asiatiques, là vous tremblez !

Il suffit de taper "Frelon Asiatique" dans Google pour tomber sur des dizaines d'articles qui appellent à l'éradication du frelon pas de chez nous. A la date où j'écris ce billet, l'article dédié de Wikipédia est même une charge en règle contre l'animal qui y est qualifié de "nuisible" et responsable de la faillite de nombreux apiculteurs. Il faut savoir qu'en terme de zoologie, le  vocable "nuisible" est tout sauf scientifique ; quant aux raisons de la faillite des apiculteurs, elles peuvent être multiples : climat, chimie, prédateurs, banques, casinos, abus de chouchen (alcool de miel) ...

Mes guêpes veloutées sont pourtant bien placides et se laissent observer de très près contrairement à leurs cousines Vespa Crabro (frelon européen) qui se montrent menaçantes dès qu'elles nous aperçoivent.


Hou, pas commode Vespa Crabro !

Non, le frelon asiatique a une attitude qui confine à l’indifférence. Tant mieux car il est bien outillé d'un beau dard lisse (donc réutilisable contrairement à celui de l'abeille qui meurt en attaquant) et il possède un venin similaire à celui des guêpes ou de notre frelon, ni plus ni moins dangereux sauf pour les personnes allergiques : dix à vingt morts par an en France pour tous les hyménoptères (essentiellement guêpes, abeilles, frelons) à comparer avec les 1 à 3 décès par an dus aux vipères...  [Source Santé publique France

Une anecdote à ce propos : il y a quelques années, ma Josette était passée trop près d'un nid de guêpes en forêt d'Ecouves et avait été attaquée dare-dare (hi hi !). J'avais relevé sept piqûres sur mon épouse qui avait continué son entraînement de course à pied pendant deux bonnes heures se plaignant juste de brûlures. 

Revenons à nos frelons et posons-nous la question : pourquoi tant de haine contre un malheureux insecte qui tue les abeilles tout comme son cousin européen ou comme des tas d'autres animaux aussi divers que les oiseaux (guêpier, bondrée, hirondelle, pic ...) les crapauds ou d'autres insectes comme le Philante apivore qui tue les abeilles en les piquant sous la gorge.

 Philante
Alençon 15-08-2016

Ce frelon asiatique pourrait pourtant être bien utile car c'est un des rares prédateurs de la chenille de la Pyrale qui ravage depuis un moment les buis du sud de la France.

En épluchant les sites consacrés à l'éradication des frelons asiatiques, j'ai d'abord cru que je devais avoir affaire à une sorte de Fédération des Apiculteurs Furax (FAF) que je soupçonne être à l'origine de la fameuse défèque news-"Einstein a dit : Si l'abeille disparaît, l'humanité n'a plus que quatre ans à vivre".- Citation inventée en 1994 lors d'une manifestation à Bruxelles (Einstein était une daube en entomologie en fait...).

Et puis, j'ai cherché plus loin et je me suis aperçu que les apiculteurs étaient peut-être innocents (quand on aime les abeilles, on ne peut pas être totalement mauvais) car je tombais bien souvent sur des sites qui, sous couvert d'information essayaient de placer divers produits tels des pièges ou même des aérosols présentés comme de véritables Tchernobyls à frelons totalement inoffensifs pour la faune autochtone, bien sûûûr... Même l'article de Wikipédia s'y met et reçoit d'ailleurs un avertissement "pub" dans la section "Moyens de lutte" (avertissement août 2017, non corrigé à ce jour).

Parlons-en des pièges à frelons asiatiques. Un exemple : la Fédération départementale des groupements de défense contre les organismes nuisibles de Vendée a posé en 2011 400 pièges dans le département avec comme butin 10 femelles Vespa Velutina pour 485 nids recensés. Quand on sait que chaque nid produit plus de 500 femelles, on mesure l'efficacité du piégeage. Qu'on se rassure, 95% des femelles ne survivent pas à l'hiver et les 5% restantes s'étripent pour le contrôle des nids au printemps.

Quant aux pièges classiques à base de bouteilles en plastique et de liquide sucré qu'on trouve sur internet, une étude menée à Bordeaux en 2009 a montré que seulement 0,55 % des animaux piégés étaient des frelons asiatiques. Autant dire qu'on a utilisé une arme de destruction massive pour des résultats dérisoires et l'on a tué des tas d'autres insectes pour rien (Source Terra eco).

Et en plus, avec les pièges, on favorise paradoxalement la dissémination de l'espèce comme l'indique le chercheur Quentin Rome : « Elles essayent de voler le nid qu’a commencé à préparer une autre et se bagarrent pour cela. C’est un système de régulation naturel : plus il y a de reines présentes, plus la mortalité est élevée, si l’on en piège certaines, on libère le terrain pour d’autres qui n’auront même pas à se battre. »

 Vespa Velutina
Alençon 10-10-2016

Vous l'avez compris, sur des dizaines de sites consultés dont pas mal d'officiels (départements, villes), je n'ai pu trouver que quelques pages abordant raisonnablement le problème d'un point de vue scientifique. En fait, j'ai été impressionné par le nombre et la violence des attaques contre le pauvre animal qui a contre lui les pouvoirs publics ainsi que diverses associations qui lui promettent mille maux et mille morts. Il ne reste plus qu'à créer un parti politique visant à la promotion de notre frelon bien français face à l'envahisseur asiatique (Je propose FN pour Frelon National vu que le sigle est à vendre...)

Plaisanterie mise à part, Vespa Velutina fait peur pour deux raisons : d'abord parce que c'est une bête qui pique (Hou j'ai peur !) mais surtout parce que c'est un migrant et que dans nos petites têtes, ce qui vient de loin est toujours plus inquiétant que ce qui est proche. N'ayons pas peur des mots, il s'agit de racisme entomologique et comme tout racisme, il se base sur l'ignorance, en l'occurrence de ce qu'est l'écologie, les mouvements de populations et les systèmes de répartition des espèces. Le monde vivant n'est jamais figé et on n'arrête pas une espèce en pleine expansion à moins de noyer le pays sous un nuage chimique. Malgré les nuisances parfois réelles, il est nécessaire de composer avec la nature en utilisant par exemple des muselières à ruches ou même en élevant de féroces poules.

Moi qui observe depuis longtemps les effets du réchauffement climatique dans mon jardin normand, je dois dire que les arrivées du frelon asiatique (Vespa velutina), de la guêpe potière espagnole (Delta Ungiculatum) ou de la jolie guêpe mexicaine (Isodontia Mexicana) m'enchantent au plus haut point car les insectes et les araignées m'ont appris depuis longtemps que la beauté se trouvait dans la diversité.

Isodontia Mexicana
Alençon 07-08-2016

Pour en savoir plus, l'excellent site Insectes.net (4 pages sur le frelon asiatique)
Un article très intéressant sur l'inutilité du piégeage : Terraeco
Un article de l'INRA sur l'impact des pièges.


Photos © Lutin d'Ecouves (sauf indiqué)




samedi 3 mars 2018

Courons dans le congélateur

 28 février

P... de vent d'est ! Dimanche c'était supportable, il ne faisait que moins deux et le grand soleil nous consolait de deux mois de déluge et de gris. Ce matin, il fait moins huit et je me suis équipé en conséquence. Quand je sors de chez moi, j'ai l'impression de pénétrer dans un congélateur. J'ai mis une casquette pour protéger le sommet de mon crâne de plus en plus déserté par les cheveux ; un bonnet eût été plus adéquat mais j'ai l'air d'un nœud avec ce genre de couvre-chef et je ne dois pas avoir l'air d'un nœud quand je cours avec des copines, à fortiori avec Katia qui a toujours les yeux et les ongles faits, même à quatre heures du matin au départ d'un trail en pleine montagne. Au moins on peut faire notre séance, ce n'est pas comme il y a trois semaines* où il a fallu surseoir à l'entraînement sur piste pour cause d'enneigement.

Arrivé à la Fuie des Vignes, je me félicite d'avoir mis des gants. Les fossés de ce grand espace marécageux urbain sont couverts de glace, les nombreux oiseaux du lieu se font discrets en attendant des jours meilleurs. Comme à l'accoutumée, nous traversons Perseigne ce quartier qui fait peur aux bourgeois. Nous croisons des Africaines transies qui nous saluent et nous leur répondons. Les jardins familiaux sont déserts, la nature est en suspens. 

Surprise, nous ne sommes pas seuls en arrivant sur notre belle piste de 400m. Deux jeunes femmes s’y entraînent à un bon rythme ainsi que Joséphine qui fait des séries de fractionnés. Cette jeune "espoir" a décidé de s'attaquer à son record sur 10km et elle s'y donne à fond malgré le froid polaire... euh non, pas polaire car au même moment, il fait trois degrés au-dessus de zéro à Nuuk, la capitale du Groenland (J'ai vérifié). En tout cas Joséphine, c'est une fille qui en a... tout juste vingt ans et de la volonté à revendre et ce n'est pas la présence de phoques et d'ours blancs qui va la décourager.

Et c'est parti pour huit fois mille mètres plus deux cents mètres de récupération. Vingt-quatre tours de piste dont les trois-quarts effectués à la vitesse semi-marathon soit 12,5 km/h à 13 km/h. Dès le deuxième tour, je sens que Katia souffre. Je sens, je n'entends pas car elle ne se plaint jamais. Courir avec son asthme en hiver est bien souvent une torture pour elle. Quand ses poumons produisent un sifflement aigu, je sais que l'on a atteint les limites. Je me demande parfois si tout cela est bien raisonnable, je me demande aussi comment on peut ranger autant de pugnacité dans un mètre soixante-quatre. Peut-être vient-ce du fait d'avoir mis au monde quatre enfants et de les élever...

Pour avoir entraîné pas mal de femmes, je sais que leur légendaire endurance n'est pas physique, elles sont même désavantagées de par leur plus petite capacité pulmonaire sans parler du ratio poids/masse musculaire. Et pourtant...

Et pourtant, Katia a fini le Tour des Glaciers de la Vanoise là où j'échouais au 50ème km. Et pourtant, elle a bouclé les 100km de Millau en moins de douze heures. Et pourtant, elle a couru 151 km en 24 heures lors de la No Finish Line là où je n'ai pas pu dépasser 107 km l'année précédente.

Tout cela m'amène à plus d'humilité mais cela ne me coupe pas la parole. Sans vergogne, je fais des commentaires élogieux sur les fessiers féminins que nous côtoyons. Katia semble bien encaisser mes propos issus d'une ancestrale tradition de machos préhistoriques. Parfois je pense que je devrais avoir honte mais je me dis aussitôt que cesser de dire ce qui me passe par la tête serait le début d'un court chemin menant à l'hypocrisie.

Au bout d'une dizaine de tours, je m'aperçois que l'eau mentholée de ma gourde forme des petits glaçons malvenus par cette météo. Six, sept, huit fois mille mètres, nous finissons le dernier tour à un bon treize à l'heure. La température est remontée à moins cinq. C'est presque de la douceur. Il ne nous reste plus de 3,5km pour retourner à notre point de départ. Katia parle de ses enfants, quant à moi, je ne puis m'empêcher de m'extasier sur le bonheur d'être grand-père. Chaque génération a ses plaisirs...



Dans moins d'un mois, nous serons au départ du marathon de Bordeaux. Ces neuf semaines de préparation s'avèreront utiles. Ou pas... 

*Entraînement du 7 février

vendredi 9 février 2018

Entre le gris et le blanc

Parfois, je me demande si ce siècle n'est pas en train de nous transformer en lagopèdes frémissants et pusillanimes... Trois flocons sur la France et c'est la panique que relaient stupidement médias et réseaux sociaux. Rendez-vous compte, il neige en hiver ! Moi qui ai vécu en Franche-Comté et qui suis allé à l'école en marchant à côté de congères presque aussi hautes que moi, je me gausse, et pas seulement Carl Friedrich...

N'empêche, notre séance marche nordique du vendredi est annulée car la Loi avec un grand Hell nous interdit d'emmener du monde en forêt par vigilance orange. Quand c'est orange, on se range ; quand c'est rouge, personne ne bouge. Mais quelle vigie lance ce genre d'ânerie ? Eh bien puisque c'est orange, pas de quartier même si je dois avoir des pépins, s'il me reste encore un zeste d'énergie, je dois bien être encore capable de conduire sur la neige et ainsi profiter d'Ecouves en manteau d'hermine.

On voit encore la chaussée par endroit... mon épouse n'est pas toujours rassurée mais elle sait que je ne panique jamais sur neige. La conduite est pourtant simple : on oublie la pédale de frein et on pilote le véhicule comme un canoë. Arrivés au pied des Ragottières à moins de trois kilomètres d'Ecouves,  une surprise nous attend : un panneau "Route barrée". Un responsable tremblotant de la Préfecture a dû croire que le ciel lui tomberait sur la tête s'il ne prenait pas toutes les mesures nécessaires pour protéger sa carrière en émettant toutes les interdictions possibles, évitant par là-même de se voir accuser de négligence. 

On ne se refait pas, je franchis l'interdiction. Vu l'état de la route, je dois être le premier rebelle du matin, quel plaisir de rouler sur ce tapis onctueux ! Nous nous garons dans le blanc silence du Vignage. Bien équipés, bien au chaud, les lutins vont trottiner sur les virginales pentes de la mère Ecouves.


Le premier plaisir de la neige, c'est ce crissement ouaté, ce gémissement subtil de la matière vierge que l'on foule. Personne n'est passé depuis l'aurore et nos pas sont pionniers. Une gomme de lait a transformé nos si familiers sentiers en nouveaux territoires d'exploration. Nous renouons avec ce plaisir enfantin de la découverte d'un nouveau monde. Pour quelques heures encore, nous serons les premiers...


La lumière n'est pas favorable au photographe, nous allons cheminer entre le blanc du sol et le gris du ciel, peu de nuances mais suffisamment de sensations pour qui sait s'ouvrir et vivre dans les délectables interstices de l'instant. 


De Pierre-Chien à la Croix-Madame, ce n'est que montée sous une douce ondée liliale. Nous nous arrêtons de temps en temps pour écouter le silence, le vrai, celui qui laisse entendre le son duveteux de l'air égratigné par les cristaux de frimas.

 
La neige chafouine chiffonne nos sentiers et nous nous égarons parfois mais l'instinct des lutins nous remet à chaque fois dans le blanc des lieux. Voici la Croix-Madame plantée en hommage à Louise de Savoie alors qu'elle était l'épouse de Monsieur, futur Louis XVIII Comte de Provence et Duc d'Alençon. C'est fou comment un simple carrefour peut faire ainsi voyager...


Nous dévalons par la route en direction du Chêne au Verdier. La chaussée, vierge depuis cette nuit, déroule une parfaite piste de ski de 1500m de long que personne n'empruntera hélas. Faire du ski, vous n'y pensez pas ! Et si vous tombiez ? Heureusement que les routes d'accès sont interdites.


Du Verdier au Vignage, le chemin est plaisant par la falaise surplombant les douces collines d'Ecouves. Environ dix kilomètres seuls au monde et nous retrouvons bientôt la civilisation. Nos traces ont dû ouvrir la voie car deux autres véhicules accompagnent notre automobile au pied du Vignage. La fonte a débuté et la route a perdu sa douceur de coton. Au pied des Ragottières, c'est redevenu une bête route noire à peine tavelée de quelques souvenirs neigeux. Et pourtant, Big Brother a maintenu son interdiction : Route barrée, je vous dis ! Route barrée au rêve, à la douce illusion de l'enfance, au blanc des sentiments qui adoucit le gris de la vie. Heureusement que cette interdiction ne s'adresse qu'aux pauvres lapins trémulants mus par l'effroi distillé à cor et à cri par des écrans à cran. 

Forêt d'Ecouves, 9 février 2018

mercredi 10 janvier 2018

Le Lutin fait son coming out culturel

La culture, c'est comme la confiture,
moins on en a, plus on l'étale.

Cette maxime est attribuée à Pierre Desproges, Jack Lang, Françoise Sagan, Jean Delacour ou à un mur de mai 68. Pourquoi pas Einstein pendant qu'on y est, on ne prête qu'aux riches ! C'est sûr, Einstein il écrivait des dicos de citations entre deux Théories de la Relativité histoire de rigoler un coup, même qu'en 1994, plus de quarante ans après sa mort, il a inventé une célèbre citation sur la disparition des abeilles et de l’humanité vu que Einstein, il s'appelait Franck et qu'il revenait d'entre les morts. Pour sûr.

Cette citation, je l'entends régulièrement depuis mon enfance qui débuta dans les années 50. C'est ce qu'on m'envoyait dans les gencives quand, certainement pour compenser ma petite taille, je tenais la dragée haute aux plus âgés que moi en me livrant à des péroraisons culturelles interminables, véritables cascades de mots dont j'ai toujours eu le secret. J'ai un don : je peux parler de tout dans toutes les situations, même en courant, mes camarades de running en ont maintes fois fait l'amère expérience. 

Je peux parler de tout et écrire sur tout, il suffit de lire mon blog pour en avoir la preuve, mais quels sont vraiment mes goûts ? Vous vous en fichez, je sais, mais ce n'est pas cela qui va me faire taire car il est temps que, dans un grand élan de sincérité lutinesque, je me livre à mon "coming out" culturel (Tada !).


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Le Lutin et la littérature

Bizarrement, alors que j'ai toujours été un élève médiocre (j'ai redoublé le CM2, la 4ème et la Terminale), j'ai appris à lire fort tôt et très facilement, ce qui m'a permis de me lancer dans une exploration du monde des Lettres qui a commencé par un classique de la littérature jeunesse :

 Edition récente, la mienne datait de 1962, 
elle m'a été volée par Fabrice Lucchini.

La lecture de cet ouvrage restera pour moi un grand moment de révélation métaphysique. Ce livre décidera de ma carrière de lutin.

Bien que mes parents, nés dans les années 20, eussent eu quelque méfiance envers les petits Mickeys, j'ai très vite préféré les livres avec des images car ils étaient plus rapides et plus faciles à lire. C'est ainsi que je suis rapidement devenu un adepte de Tartine ou de Pepito puis de Kiwi, Akim, Zembla et autres revues éditées par LUG éditions. 

(bruit d’œufs cassés)

Plus tard, des réponses philosophiques me parvinrent par un chemin détourné ; je tombai littéralement amoureux d'une série de livres qui ne m'étaient pas destinés mais que j'avais réussi à chiper aux petites camarades habitant mon HLM. Il s'agit de la série des "Martine" apparue en 1954 que je me mis à dévorer des yeux dès l'âge de dix ans.

Autant dire que plus que Nietzsche ou Schopenhauer, le stylo de Gilbert Delahaye et surtout le pinceau de Marcel Marlier allaient donner une direction à ma vie et m'apprendre tout ce qui est fondamental dans les rapports entre êtres humains.

Le chien aussi est un connaisseur...

Par la suite, il m'a fallu lire des ouvrages classiques imposés par mes études. En vrac et au hasard :

L'Avare de Molière : C'est marrant et ça a l'avantage de ne pas être trop long.
L'Adieu aux armes de Hemingway : Le type s'emmerde pendant la guerre alors il se drague une infirmière. Ça finit mal.
L'étranger de Camus : C'est l'histoire d'un type qui en tue un autre sur une plage et qui ne sait pas pourquoi. Ça finit mal.
L’assommoir de Zola : Ça finit super mal.
Madame Bovary de Flaubert : Je n'ai pas lu et je me suis pris une mauvaise note.

Arrivé à l'âge adulte, il m'a suffi de m'abonner à Télérama pour lire des critiques de livres me permettant à mon tour de donner mon avis sur ce qui se fait d'intelligent à notre époque.

A offrir, pas à lire...

Je dois ici rendre hommage à cette revue qui a aussi beaucoup fait pour ma connaissance approfondie du monde de la cinéphilie. Justement, on va en parler...


Le Lutin et le cinéma

Au début de ma carrière d'instit, il m'est arrivé de fréquenter le ciné-club de ma bonne ville d'Alençon. J'avais de bons souvenirs de visionnages de classiques Hammer Films que j'avais visionnés dans la Salle des Fêtes durant mon adolescence (La nuit du Loup-Garou, Les monstres venus de l'espace...). Las, le ciné-club avait été repris par des intellos du genre à gloser des heures sur les plans de Citizen Kane ou les ombres de La Nuit du Chasseur. Pire, il m'avait fallu avaler Perceval le Gallois d'Eric Rohmer et le début d'India Song de Marguerite Duras. Là, j'avais craqué et je m'étais sauvé au bout d'une demi-heure car j'avais eu la prudence de me placer près de la sortie.

J'étais ensuite revenu à mes premières amours, les films d'horreur si possible kitsch du type Lesbian Vampire Killers ou Black Sheep tout en faisant croire à mon milieu d’enseignants branchés que ma culture cinéma était immense grâce à mon Télérama chéri qui m'alimentait en synopsis de divers films tchéco-bulgares. 

Pas de ciné sans acteurs fétiches. Dans mon cas, il s'agit d'un trio : Bruce Willis, Sylvester Stallone et surtout mon préféré : Arnold Schwarzenegger dont les répliques m'ont toujours fait vibrer :

"Hey Claudius ? C'est toi qu'a tué mon père... Monumentale erreur !" (Hamlet)


Tu as déjà tué quelqu'un ??
- Oui mais c'était des méchants ! (True Lies)


Qu'il y a-t-il de mieux dans la vie ?
- Écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes. (Conan le Barbare)


Arnold défend les enfants et ça laisse des traces.

Un de mes Schwarzy préférés reste Commando dans lequel il tue les terroristes à moustache par groupe de deux à chaque tir. Je n'oublierai jamais la scène d'exposition du film où il se trimballe avec un tronc d'arbre :



J'ai moi-même retourné cette scène en hommage à mon acteur favori :


Après Arnold, rien ne repousse, passons donc à autre chose.


Le Lutin et la télévision

En ce qui concerne le petit écran, je me suis déjà longuement exprimé sur un de mes héros favoris, L'Inspecteur Derrick mais ce héros au regard si poissonneux n'est pas seul dans mon cœur, je voue aussi une passion pour L'Inspecteur Barnaby (Avec John Nettles seulement !) et ses aventures dans le comté de Midsomer où les gens du troisième âge font gravement grimper le taux de criminalité avec une moyenne de trois morts par épisode.

Lecteur, sauras-tu trouver l'indice ?

Qu'on ne m'accuse pas de sexisme, je suis un fan de Julie Lescaut à laquelle j'ai consacré un billet vibrant d'amour ; j'ai aussi regardé en boucle l'intégralité de la série française Une Femme d'Honneur tournée à la gloire de la Gendarmerie française et du 95D.



Le Lutin et la peinture


Autant le dire tout de suite : je suis nul en dessin. J'ai cependant la chance d'avoir une épouse fort habile dès qu'on lui met un pinceau dans la main et j'ai ainsi beaucoup appris avec elle. Ma culture picturale a bien évolué et j'ai même fait de constants progrès graphiques en quarante ans de vie commune comme on peut le voir ici :

La passion pour l'Art de mon épouse m'a donc entraîné dans maints lieux et expositions, la dernière en date étant celle consacrée à Vermeer au Louvre, j'ai d'ailleurs ramené un joli cadeau à ma petite fille :

D'après la Laitière de Nestlé Vermeer

A la suite de cela, nous avons regardé deux fois de suite (si !) "La jeune fille à la perle" avec Scarlett Johansson, film dont j'ai beaucoup apprécié la plastique.


Oups, je me suis trompé de photo, voici une image du film de Peter Webber :


J'ai aussi bien aimé son film sur l'équitation : "Scarlett au haras".


Le Lutin et la musique


Comme beaucoup de petits derniers de la famille, j'ai commencé par écouter les disques des grands frères et sœurs. Mon goût pour le rock vient certainement de ce très bon 45t de Johnny que je possède encore :


Ma chanson préférée était : "Si tu me téléphones" qui sera déterminante dans le développement de mon goût pour la chanson à texte :

Si tu me téléphones - Oh! Oh! Ah! Ah!
Fais bien attention - Oh! Oh! Oh!
Que ce soit pas ma mère qui prenne la communication
Il te faudrait lui expliquer qui tu es
Ce que tu fais et depuis combien de temps on se connaît.

A propos de chanson à texte, je dois dire que j'ai été un peu déçu par Brassens (trop ennuyeux), Ferré (trop intello) ou Brel (trop belge). J'ai cependant bien aimé quelques chanteurs parfois oubliés mais dont notre culture peut être cependant fière :

Il n'a pas eu la carrière qu'il méritait

En société, si l'on veut briller sans risque, le bon truc c'est de se déclarer amateur de musique classique. Là, on peut raconter n'importe quoi sans prendre le risque d'être contredit vu que la plupart des gens n'y connaissent rien. Il suffit d'apprendre par cœur quelques phrases du genre : "Quand je veux me ressourcer, j'écoute les Variations Goldberg par Glenn Gould..." Là, ça vous place grave au-dessus de la mêlée et si un glandu dans l'assistance ne sait pas que c'est du Bach, on peut l'écrabouiller en ricanant : "Pff, y'en a même qui ne savent pas que le Concerto d'Aranjuez il est de Rodrigo ou pire,  qui demandent qui est l'auteur de l'Adagio d'Albinoni... euh ah ben non, c'est vrai, l'Adagio d'Albinoni, il n'est pas d'Albinoni. C'est un fake comme les citations de Einstein.

Vous avez compris que pour faire son Lucchini en société, il faut essayer d'être drôle et de paraître cultivé. Cela dit, je ne déteste pas la musique classique puisque un de mes premiers albums achetés fut un disque d'Ekseption :
Ekseption était, dans les années 70, une sorte de Reader's Digest du classique en plus rigolo. On pouvait écouter du Bach ou du Beethoven en version speedée sans trop s'ennuyer car il faut le dire, le Classique c'est looong et rasoir alors qu'Ekseption c'est court et bad taste, j'adore !

Peace Planet par Ekseption
(Incidemment, c'est du Bach) 

C'est d'ailleurs grâce à Ekseption que je suis devenu un fana du clavecin, cette sorte de piano aigre qui vrille les nerfs. A ce propos, j'ai survécu à plusieurs écoutes intégrales des 555 sonates de Scarlatti par Scott Ross, tout le monde ne peut pas dire ça...

Ekseption eut son heure de gloire en étant, grâce à Beethoven, sur la bande originale du fameux film de Gérard Pirès*, Fantasia chez les Ploucs :


*Pseudonyme de Gérard Menjoui


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J'espère que vous aurez apprécié ce coming out sincère et véridique. C'est donc en pleine connaissance de cause que désormais vous pouvez clamer haut et fort :