samedi 7 octobre 2017

Tonton Joël

Il était né dans un bâtiment de ferme un jour glacial de février. Si petit, si chétif que le médecin venu constater sa naissance dit à la femme venue assister la mère : "Il ne survivra pas". On était en 1951 et il valait mieux ne pas être de petite condition et loin de la ville. Les couveuses étaient réservées à d'autres plus forts ou de plus haute naissance.

Mais les petits et les pauvres ont parfois des ressources insoupçonnées et une obstination à vivre hors du commun. A l'époque où l'on célébrait les surhommes qui venaient de vaincre l'Annapurna, lui avait réalisé un exploit que peu de sportifs hors normes auraient accompli : contre toute attente, la vie chevillée au corps, il avait survécu. Survécu grâce à une mère qui ne savait pas ce qu'était lâcher prise et qui lui avait fait un nid de coton pour l'abriter du froid, le nourrissant nuit et jour toutes les deux heures à la petite cuillère, ce Héros de la Vie n'ayant pas la force de téter.

Il avait tout donné lors de ses premiers mois et, s'il resta toute sa vie le plus fragile de la fratrie de cinq, il eut la place qu'il méritait à égalité de celle des autres.

Il n'était pas petit, il n'était pas pauvre, il était modeste et discret. La société ne lui avait pas fait de cadeau, il avait travaillé toute sa vie d'ouvrier sans jamais connaître le chômage, sans jamais demander d'aide quelconque. Il savait compter sur le soutien d'une famille unie, un trésor que bien peu de surhommes possèdent.

Discret, oui il l'était. Je me moquais parfois gentiment de lui qui apparaissait ou disparaissait lors des réunions de famille sans que personne ne s'en aperçoive. Je le traitais de fantôme et ça le faisait sourire. Sans bruit, sans déranger quiconque, il faisait sa vie.

Tout le monde l'aimait bien, lui qui ne refusait jamais de donner le coup de main, lui qui ne savait pas dire non. Les enfants l'appréciaient particulièrement, c'était un tonton gentil et reposant, dépourvu d'agressivité. Il ne ressemblait pas aux parents que le poids des responsabilités rendait parfois rugueux et autoritaires. Tonton Joël était le tonton célibataire, toujours là aux fêtes de famille. Ses neveux l'aimaient car ils le sentaient proche d'eux. 

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Cette saleté de cigarette m'a déjà enlevé un frère, elle emporte maintenant mon beau-frère. La vie n'est rien sans la mort, c'est un passage pour certains, un fin pour d'autres. Je viens d'arriver dans la chambre après avoir garé ma voiture, mon épouse est là ainsi que sa mère. 

La fin tient parfois à peu de choses, un sifflement émis par une machine et c'est terminé. Tonton Joël est parti discrètement, comme il avait vécu. Sa mère lui tenait la main. Quelques larmes coulent, mes yeux rougissent mais je garde ma contenance. Un frère est parti dans le calme et la dignité entouré de personnes qui l'aimaient.

Photo Lucas




mardi 3 octobre 2017

Impressions espagnoles

Il n'est parfois pas besoin d'aller au bout du monde pour trouver un dépaysement total mâtiné d'une étonnante familiarité et se débarrasser à l'occasion de quelques idées reçues. Grand voyageur dans ma tête, je n'avais cependant pas remis les pieds en Espagne depuis 1966. Le pays avait changé...

Non point les plateaux d'ocre et de rouge brûlés par le soleil et parsemés de fiers reliefs à la dureté minérale. Non point les millions d'oliviers et les rares villages blancs accrochés aux flancs endurcis de collines rongées par les ères. Traverser l'Espagne par le centre est une expérience esthétique à la sévérité assumée.

 Sierra Nevada

Non, la terre était la même mais le pays m'a paru neuf comme son incroyable réseau autoroutier aux trois quarts gratuit et au trafic étonnamment fluide sur lequel les Espagnols naviguent débonnaires et courtois. Première idée reçue : les Espagnols sont des Méditerranéens énervés du volant. Que nenni ! Plus mon épouse et moi allions au sud, plus les conducteurs respectaient la signalisation et les limitations plus sévères qu'en France (80,100 et 120 km/h). Pas de coups d'avertisseur, pas d'appels de phares envers le touriste qui cherche sa route. Pas de feux grillés et pas d'insultes. Au contraire, alors que je me traînais sur une route de montagne, une voiture qui me suivait de près depuis un moment finit par me dépasser alors que je m'arrêtais, cherchant mon chemin. Quelle ne fut pas ma surprise quand je vis le conducteur, faire demi-tour, pour venir s'excuser de m'avoir collé de trop près.

Ce n'est qu'au retour que j'ai constaté que plus on approchait de la France, plus les mauvaises conduites se multipliaient comme si la frontière laissait suinter un peu d'incivisme routier. 

Aranda de Duero

Autre idée reçue : les villes espagnoles sont sales et désordonnées. Eh bien, non. Que ce soient dans les grandes villes touristiques comme Granada ou  Córdoba, des villes de la côte comme Nerja, des villages comme Monachil où nous résidions ou encore des villes étapes comme Aranjuez ou Aranda de Duero, je n'ai vu que des lieux propres et bien entretenus.

 Aranjuez

Différence fondamentale d'avec les Français, qu'il soient de la région de Burgos, de Madrid ou de Granada, les Espagnols sont dehors à 20h00 et jusqu'à tard le soir. Cela leur évite certainement de s'angoisser à regarder la télévision... Quelle que soit la taille de la ville, ça sent la fiesta dès que le soleil descend. Bière à cinq degrés, tapas, discussions à n'en plus finir, enfants qui jouent au milieu de tout cela et des Espagnoles !

Oui, des Espagnoles. Encore une idée reçue : les femmes de ce pays sont petites, noiraudes et pas commodes. Tu parles ! En Castille, León et surtout Andalousie, j'ai failli avoir des problèmes de conjonctivite tellement les femmes étaient belles. Heureusement que mon épouse veillait sur moi pour me rappeler mon âge et me mettre des gouttes dans les yeux.

Des Espagnoles grandes, racées, très soignées brunes ou blondes : je n'avais jamais vu une telle concentration de belles femmes. Et libres dans leurs tenues, je n'avais pas vu de jupes aussi courtes depuis 1970. Oui, une impression de liberté que j'avais oubliée. Qu'elles aient 15 ou 45 ans, j'ai surtout rencontré des femmes qui s'assumaient en tant que telles. Seules les femmes de ma génération gardaient un style plus classique (avoir connu Franco, ça marque). Quel contraste avec mes différents passages à Paris où j'ai surtout vu des gens gris-marron qui rasaient les murs en évitant les regards d'autrui.

Monachil

Fin septembre était une bonne période pour visiter le pays sans être dans le flot des touristes, surtout si on évite les côtes. Cela dit, peu de temps après les attentats de Barcelone, je craignais que les autorités espagnoles aient pris des mesures semblables à celles qui sont pratiquées en France et qui confinent au ridicule quand, dans une petite ville comme la mienne, on fouille les sacs des dames dès qu'on pénètre dans une manifestation culturelle ou festive ou qu'on met en place des barrages bloquants lors d'épreuves comme les célèbres "Foulées de la Grotte à Jules" de Vignats (285 habitants).

C'est à Córdoba que j'ai réalisé que les Espagnols n'allaient pas se laisser gagner par la panique. Si j'y ai bien vu deux militaires patrouiller à proximité de la mosquée-cathédrale, comme tous les touristes, nous y avons pénétré avec nos sacs à dos sans que personne ne nous demande quoi que ce soit. Nulle trace de forces de l'ordre à l'intérieur de ce gigantesque édifice (2,3 ha) qui fait passer Notre-Dame de Paris pour une chapelle de province.

 Córdoba

Même chose à l'Alhambra de Granada où les visites et promenades sont libres jusqu'au soir sans que l'on nous demande autre chose que notre billet. En ces différents lieux, nous avons bien sûr rencontré nombre de touristes mais aussi une grande quantité d'Espagnols semble-t-il soucieux de leur culture et de leur patrimoine.

Granada

Rendu un peu parano (Français parano, c'est un pléonasme) par différents sites qui parlaient de voleurs à la tire et de pirates de la route, j'ai au fur et à mesure compris que tout cela n'était que du flan ou plutôt de la tortilla. L'on n'est pas plus en danger à Granada qu'à Bécon-les-Bruyères. La seule différence, c'est que pour commander quelque chose dans un bar ou un restaurant, il vaut mieux parler Castillan car le Français y est vraiment une langue étrangère mais quand on fait l'effort de parler leur langue, les Espagnols, réservés et courtois deviennent chaleureux.


Granada

Inutile de s’appesantir sur la météo, bien sûr. De l'Espagne, je n'y ai vu que du bleu et n'y ai ressenti que de la douceur, même en altitude. De la douceur de vivre aussi...

Pico Veleta (3396m)

lundi 4 septembre 2017

Rentrée des classes

Nous sommes le quatre septembre et c'est ma quatrième rentrée sans élèves. Après tout ce temps, ce jour reste particulier pour moi. Il flotte encore dans l'atmosphère un ersatz de pincement au cœur, un reste d'angoisse lié à cet événement qui a rythmé ma vie d'enfant puis celle d'adulte.

Oh, je sais que j'aurais pu continuer d'enseigner durant plusieurs années, mon insolente bonne santé et mon expérience professionnelle me l'auraient largement permis mais voilà, la folle manie des évaluations, d'interminables et trop nombreuses réunions stériles, une incompétente politique du paraître et un acharnement aveugle à détruire un système qui tournait tout seul avaient fini par me convaincre d'abandonner le navire. Et puis cette suspicion de paresse distillée par les politiques et reprise par une partie de la population...

Comme j'ai aimé transmettre, comme j'ai aimé mon travail de maître d'école ! Toute ma carrière, j'ai dû me battre contre ceux qui n'étaient qu'idéologie, métalangage, storytelling puis in fine tableaux Excel et diapos Power Point.

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Il est un peu plus de neuf heures, je reçois un message sur mon smartphone : Arielle vient de faire sa première rentrée à la maternelle de l'école dans laquelle j'ai enseigné mes dix-neuf dernières années professionnelles. Une photo accompagne le message : bien coiffée et très sérieuse avec son cartable dans le dos, elle est si grande que je me sens tout petit. Un message de ma fille accompagne la photo : la demoiselle, très contente d'aller à l'école, a congédié ses parents d'un signe de la main. Ceux-ci sont ensuite allés boire un coup pour s'en remettre.

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J'ai été grand-père, j'ai ensuite pris ma retraite mais je me sentais toujours en prise avec le système, pestant contre l'incompétence des politiques et l'aveuglement de l'administration. J'étais encore un peu maître d'école.

Arielle fait sa rentrée, la boucle est bouclée. Je deviens un grand-père comme un autre, enfin, je crois. Et puis, ma petite-fille m'appelle "Papy Dinosaure". C'est ce que l'on appelle de la clairvoyance...



samedi 2 septembre 2017

Heureux comme les pierres

Pour le commun des mortels, la Bretagne, c'est ça :

Trégastel

Oui mais les Lutins sont une espèce à part, quand ils vont à la montagne, ils voient d'abord les insectes (ICI, ICI et ). Quand ils vont à la mer, ils voient d'abord ça :


A priori, de bêtes galets... En fait, un monde luxuriant plein de surprises. Sauras-tu, lecteur, cliquer sur la photo pour l'agrandir et compter les oiseaux. Allez je t'aide : trouve deux bécasseaux et quatre tourne-pierres.

Cette fin août, nous sommes allés faire notre trou de Lutin près du Sillon de Talbert. Pour les handicapés de la géographie, le sillon de Talbert est proche de l'île de Bréhat, dans la presqu'ile de Lézardrieux :

Document Google Maps

C'est un impressionnant cordon flottant de galets long de 3,2 km de long, c'est aussi une réserve naturelle appartenant au Conservatoire du Littoral. Par grande marée, à certains endroits, il fait moins de 20 mètres de large et il est prévu que d'ici quelques années, cette formation géologique récente  se brise en plusieurs morceaux (il s'est formé après la dernière glaciation mais n'est devenu sillon à pointe libre qu'au XVIIIème siècle après une tempête qui l'a détaché des ilots d'Olonne situés environ 1,3 km plus loin). En attendant, une troupe de Lutins Maritimes garde jalousement mais courtoisement ce site Natura 2000 dans lequel il est strictement interdit de ramasser le moindre galet ou prélever la moindre plante. Normal.

Entre lutins, on s'entend bien et ils m'ont expliqué des tas de choses, entre autres pourquoi il est interdit de marcher sur certaines parties où nichent les gravelots dont les œufs se confondent avec les galets.

Ami lecteur, clique : je t'ai entouré en rouge le discret gravelot...

J'ai aussi appris qu'en cherchant à protéger le début du sillon par des enrochements, on avait aggravé la situation, la mer creusant ainsi plus profond et évacuant tout plus vite. J'ai eu un cours sur l'importance primordiale de la laisse de mer qu'on prend juste pour un tas d'algues mais qui grouille de vie (cela va des micro-organismes aux musaraignes en passant par les crustacés) et dont le rôle pour la survie du milieu est primordiale (c'est bien beau de herser les plages pour les nettoyer chaque matin en été pour le confort du cucul des touristes mais ainsi on détruit un écosystème et surtout, on prive les plantes des dunes comme les oyats de la nourriture apportée par le vent issue de la décomposition de la laisse ; résultat, à terme on tue la dune). 

Mais il n'y a pas que les bébêtes vous savez, il y a les cailloux et ça, ce n'est pas ma spécialité mais celle de ma Josette qui, son petit Sony à la main, passe son temps à photographier rochers et galets en s'esbaudissant sur la beauté des formations rencontrées.

Josette au Paradis
(Les ilots d'Olonne)

Echaudé par les cours de géologie du collège, je n'ai pas au début été très chaud concernant la caillassologie mais après plus de quarante ans de vie commune, j'ai fini, par capillarité conjugale, par prendre goût à cette discipline à partir du moment où j'ai compris que tout ça c'était la même soupe constamment renouvelée que la nature nous sert et nous ressert ; j'ai même fini par distinguer grès et schistes et plus récemment granites et granodiorites. Et même que je hoche de la tête quand ma femme s'écrie  "Regarde ce magnifique filon de dolérite !"

C'est vrai, c'est pas moche après tout
(Port-Blanc)

Bon, c'est vrai, vivre avec une passionnée de nature demande une certaine constance comme lors de nos balades en Vanoise où mon épouse s'arrêtait devant chaque fleur. Et des fleurs, il y en a des tas en juin ! Même que parfois, ça me donnait un peu chaud !

Pralognan

En ce qui concerne les cailloux, même topo, quand mon épouse est au milieu des roches, il faut savoir attendre et en profiter pour apprendre.

 Port-Blanc

C'est comme cela que, cerise sur le gâteau, j'ai appris ce qu'était un orthogneiss icartien. Ortho quoi ? me direz-vous à moins que vous vous en fichiez comme moi il y a quelques années. En fait, un orthogneiss c'est en l'occurrence un ancien granite recuit par chaleur et pression et dont les cristaux se sont réorganisés (enfin, c'est ce que j'ai compris). Et alors ?

 Photo de ma Josette
Port-Béni

Et alors, ces cristaux de feldspath roses, c'est très beau mais surtout ces roches donnent le vertige puisque leur origine remonte à l'Icartien, ce qui en fait les roches les plus anciennes de France : elles frisent les deux milliards d'années. Elles datent de l'époque où les terrains qui constituent nos régions se trouvaient au Pôle Sud (Il s'agit du même filon qui va du Cap de la Hague à la Bretagne en passant par les Iles Anglo-Normandes).

Deux millliards d'années ! Et moi qui me trouvait trop vieux... Finalement, la Géologie, ça me remonte le moral.

A part ça, la Bretagne, c'est aussi ça :

Bréhat
Et c'est beau...



Pour les spécialistes, un article sur les gneiss de Port-Béni : ICI.


dimanche 6 août 2017

Les insectes de la Vanoise - Troisième partie

Les orthoptères

On va faire court car ces fameux orthoptères sont en fait les sauterelles et les criquets qui, si on ne les cloue pas au sol, ne cessent de sauter çà et là sans répit. Seule une Decticelle montagnarde a bien voulu poser. C'est une espèce essentiellement alpine, on lui donne d'ailleurs aussi le nom d'Analote alpine, sa couleur varie du vert au noir en passant par le brun. Le spécimen présenté est bien sûr une femelle au vu de sa longue tarière (Ben non, ça ne coupe pas, c'est pour pondre !)

Anonconotus alpinus

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Les hyménoptères

Hyménoptère veut dire "Ailes membraneuses". Cet ordre regroupe, entre autres, les guêpes, les abeilles, le tenthrèdes et même les fourmis (mais si, les fourmis ont des ailes mais seulement les mâles et les femelles qui ne volent qu'une fois dans leur vie). Je ne suis pas allé jusqu'à photographier les abeilles et bourdons du coin mais j'ai plutôt préféré faire des clichés des espèces qui ne m'étaient pas familières. Enfin, je vais faire exception pour l'Ammophile des sables que l'on rencontre dans toute la France ou presque à un grand nombre d'altitudes. Celle-ci était partie faire ses emplettes en volant et était revenue à pied en traînant sous elle une grosse chenille qu'elle avait préalablement paralysée avec son dard dans le but de la plonger dans le trou qu'elle avait creusé quelques temps auparavant, la chenille devant servir de garde-manger à la future larve de l'ammophile issue de l’œuf pondu dans ledit trou. Mon intervention photographique lui ayant provisoirement fait lâcher sa proie, on observera que l'Ammophile des sables me regarde d'un œil torve mais ne cherche pas pour autant à me faire goûter de son dard...

Ammophila sabulosa

A la fin d'une longue randonnée sur les limites du parc de la Vanoise, je me promenais à environ 1800 m d'altitude ; le soir approchant, l'ombre commençait à envahir le versant sur lequel je me trouvais, j'admirais les fleurs fort nombreuses quand je vis que des dizaines d'entre elles étaient habitées de Megalodontes cephalotes. Ces jolis hyménoptères, le soir tombant, se logent dans les fleurs qui vont se refermer à la faveur de la nuit, ce qui les met à l'abri des prédateurs nocturnes. Pas bête... A noter que cette espèce de l'Est, plutôt montagnarde se trouve aussi à certains endroits du département de la Manche et dans le Finistère.

Megalodontes cephalotes

Et maintenant trois espèces de Tenthrèdes qu'on appelle aussi Porte-scies à cause de l'organe de ponte femelle qui possède une "scie"qui incise les feuilles des plantes hôtes pour y déposer les œufs à l'abri. Les larves des Tenthrèdes sont appelées "fausses chenilles" à cause de leur ressemblance avec les larves de papillons. Pour commencer, Tenthredo notha que l'observateur distrait pourrait prendre pour une sorte de guêpe :


Tenthredo notha

Très élégante, la Tenthredo caucasica cinctaria semble être essentiellement une espèce alpine en ce qui concerne notre pays.

 Tenthredo caucasica cinctaria

Plus courante mais très discrète, Rhogogaster punctulata se fond aisément dans la verdure, celle-ci s'est laissé approcher sans bouger, apparemment confiante dans ses capacités de camouflage :

Rhogogaster punctulata

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Les diptères


On va dire les mouches... Certaines sont d'une grande beauté comme la Volucelle zonée, d'autres ont un physique plus ingrat comme le Sicus ferrugineus, toutes sont fascinantes. Commençons par la Mésembrine de midi belle mouche noire à la base des ailes couleur or ainsi que le dessous des yeux et l'extrémité des pattes. On la rencontre partout, ses larves, élevées sur les excréments, ont la particularité de manger les larves des autres mouches. L'adulte, elle, se contente de butiner.

Mesembrina meridiana

A l'instar de nombreuses mouches syrphides, la Cheilosia illustrata essaie de se faire passer pour plus dangereuse qu'elle ne l'est, en l'occurrence pour un bourdon. Pour cela, elle ne lésine pas sur les poils, même à la base des yeux. Elle est cependant bien inoffensive.

 Cheilosia illustrata

Eurithia anthophila a l'air moins sympathique avec les poils hérissés de son abdomen. Elle fait partie de la grande famille des tachinides qui ont pour particularité de pondre leurs œufs sur les larves d'autres espèces d'insectes. Le but c'est évidemment que le bébé tachinide dévore ladite larve, bien souvent une chenille ou une fausse chenille. Certaines espèces sont d'ailleurs utilisées en lutte biologique contre les insectes ravageurs. Pas jolie mais bien utile.

 Eurithia anthophila

Pour terminer cette petite revue des insectes de la Vanoise, j'ai choisi de vous présenter une belle dame aux yeux verts qu'on trouvera généralement en montagne : Philipomyia aprica. Au grand restaurant de l'alpage, madame et monsieur Philipomyia se gavent de nectar et de pollen sucrés puis comme beaucoup d'espèces après un bon repas, ils s'accouplent. Tout le monde a fait cela mais là où ça se gâte, c'est que, délaissant son compagnon, madame Philipomyia va ensuite chasser le bétail paissant paisiblement dans les prairies pour lui pomper du sang en vue de la fabrication de ses œufs. 

Philipomyia aprica







mardi 1 août 2017

Les insectes de la Vanoise - Deuxième partie

Les coléoptères

Eux, on les connaît bien. Chacun a appris à l'école qu'ils ont deux ailes et deux élytres comme la coccinelle. Nous allons commencer par un petit coléoptère au nom pétaradant : le Clairon des abeilles. Non, sa fonction n'est pas de réveiller les abeilles le matin pour qu'elles aillent au turbin, c'est plutôt de pondre ses œufs dans les nids d'abeilles sauvages. Les larves du Clairon vont ensuite se nourrir en dévorant les œufs et les larves présents dans le nid. Les abeilles domestiques, plus à cheval sur le ménage, ne craignent généralement rien tant que leur ruche est bien tenue.

 Trichodes apiarius

Passons maintenant aux chrysomelidae, une famille de coléoptères qui donnent des maux de têtes à ceux qui essaient de les identifier tant sont importantes les variations de couleur à l'intérieur d'une même espèce (J'en ai moi-même identifié trois espèces dans mon petit jardin normand : Herbacea, Americana, Bankii). En fait, pour savoir à qui on a affaire, il faut regarder le kiki du monsieur dont la taille peut parfois atteindre les deux tiers ou plus de la longueur totale de son corps. Enfoncés les ânes et autres mustangs.
Commençons par Oreina collucens :

Oreina collucens

 Puis  la Chrysomèle alpine des Composées identifiable plutôt par la plante sur laquelle elle se trouve que par sa couleur :

Oreina cacaliae

Et enfin Oreina gloriosa identifiée aussi par son hôte :

Oreina gloriosa

Passons aux cetoniidae. Vous connaissez certainement la Cétoine dorée, bel insecte vert métallisé qui séjourne peut-être dans votre jardin et dont les larves sont malheureusement confondues avec celles du hanneton alors qu'elles sont d'excellents auxiliaires pour la formation du compost ; eh bien, j'en ai déjà photographié des spécimens partiellement ou totalement rouge foncé. C'est pourquoi, quand j'ai photographié l'insecte qui suit, j'ai cru à une variation naturelle de la couleur de Cetonia aurata. Que nenni, il s'agissait en fait d'une Protetia cuprea bourgini. Désolé, cette cétoine n'a pas de nom plus facile à retenir.

Protetia cuprea bourgini

Et maintenant, trois coléoptères qu'on a peu de chances de rencontrer en dehors des zones montagneuses. D'abord, le Dascillus cervinus qui se présente fièrement à vous du haut de ses 11 à 12mm. Il faut dire qu'il est unique car il est le seul représentant de sa famille (dascillidae) en Europe. Il vit essentiellement au voisinage des fleurs des régions montagneuses à proximité des ruisseaux.

 Dascillus cervinus

Voici ensuite la verte et fort jolie Cicindèle des Alpes. Ce petit prédateur mangeur de fourmis et autres petits insectes vit sur des espaces dégagés caillouteux ou sablonneux. On peut la rencontrer au pied des névés. Sa larve est une piégeuse qui s'enfonce dans un trou qu'elle creuse, ne laissant dépasser que l'extrémité de ses mandibules. Gare à qui passe à proximité ! En faisant des recherches sur cet animal, je me suis aperçu que cette Cicindèle était quasiment la sœur jumelle de la Cicindelle verte des pinèdes, une espèce américaine en voie de disparition et donc protégée.


  Cicindela gallica

Et pour finir ce chapitre, le gros Pachyte à quatre taches, un cérambycidé habitant les zones montagneuses pourvues de conifères. Celui-ci a été photographié à un peu plus de 1600m d'altitude.

  Pachyta quadrimaculata