samedi 9 juin 2012

Trail d'Ecouves 2012


 Trois lutins en Ecouves

En ce jour de fête de mères, je pense que j'aurais vraiment aimé que Maman me donne des petits frères et sœurs au lieu de me faire naître benjamin d'une fratrie de trois...

A nouveau en charge de l'entraînement de mes collègues des Givrés-Chambertin, Cathy et Erick, durant un stage commando de cinq semaines en préparation du 35 km du trail d'Ecouves, j'ai concocté un programme à la limite de la torture composé de séances d'allure marathon, allure semi-marathon, fartlek, 30x30, VMA en côte, sorties longues en forêt et autres joyeusetés. 

Le jour de l'épreuve venant, j'ai averti mes presque frère et sœur : Ecouves n'est pas une mère facile et sa beauté se gagne dans la douleur. Je leur prédis donc une durée d'environ 4h10 - 4h20 de course. Erick, prudent, a décidé de courir seul. C'est donc Cathy qui va subir mon coaching et quand je dis subir...


La course de Cathy

Pour ne pas lui mettre la pression, j'ai caché à la petite sœur que je vise pour elle un podium. Sachant que, sur ce genre d'épreuve, ne s'inscrivent que des filles aguerries (les inconscients sont généralement masculins), je sais que la tâche ne sera pas aisée et qu'il faudra gérer au rasoir en poussant Cathy dans ses derniers retranchements. Ça va fumer !


En tant qu'Ecouviens, nous avons l'avantage du terrain. Les premiers 5 km sont très roulants et la montée, très progressive, jusqu'au 14ème kilomètre ne pose aucune difficulté. 

Tournant à dix de moyenne, nous nous faisons, dans un premier lieu, doubler par pas mal de monde dont quelques féminines. Dès les premières côtes un peu prononcées, je demande à Cathy de marcher, ce qu'elle fait bien volontiers, n'ignorant pas que la majorité des difficultés et une grande part des 1000 m de dénivelé se trouvent dans les derniers 20 km.


Discutant habituellement de choses et d'autres, je troque mon habit de lutin bavard contre celui de coach. Depuis le marathon de Caen, nous avons, Cathy et moi, établi une relation de confiance : elle me supporte et, en échange, je m'engage à la coacher au mieux.

Sachant qu'elle va évoluer sur ses limites, je donne une volée de conseils à ma partenaire comme celui de ne pas contourner les flaques fort nombreuses pour éviter la perte d'énergie du passage sur des bords en dévers, sans parler des risques de chute.

Un moment, nous sommes accompagnés par Daniel, un sympathique crossman dans mes âges. Je m'amuse de constater que notre ami suit scrupuleusement mes conseils continuels d'allure, de lecture de terrain et de ravitaillement. Pourtant, je donne plus d'une instruction à la minute quand ce n'est pas une lecture complète du sentier lors des descentes, racines et cailloux compris. La patience et la constance de mes camarades m'épatent vraiment !


Première grosse difficulté : la montée vers la Verrerie du Gast ; en deux étapes, nous atteignons les 400m d'altitude. Vite, ma partenaire avale un coca pendant que je remplis son Camelbak. Le temps que je boive à mon tour, elle m'a déjà mis 30 mètres. La chose est convenue : elle court et je m'occupe du reste.

Daniel nous suit encore un moment et puis commence à ressentir les premières crampes. Je lui conseille de lever le pied. Il arrivera 32 minutes derrière nous après avoir été obligé de marcher un moment.


La montée vers le Signal, point culminant d'Ecouves, se fait sans trop de problèmes mais Cathy doit souffler dans quelques côtes. La fatigue s'installe logiquement au bout de vingt kilomètres.

"C'est normal de souffrir à ce niveau... on arrive au Signal, on ne peut que descendre..." Je commence à sortir mes vieilles scies pour que la petite sœur supporte au mieux  son sort. Elle vient de passer son maximum couru en trail et c'est une marathonienne plus habituée au rythme régulier qu'aux à-coups usants de la course nature.


Une fois passée la zone du Signal, nous allons vers Pierre-Chien. Cathy commence à éprouver l'efficacité de la technique Lutin en descente et se met à atteindre des vitesses de 13 à 14 à l'heure, laissant sur place quelques concurrents déjà pris par la lassitude. 


Après Pierre-Chien, il nous faut suivre un ruisseau pour remonter enfin en direction de la route du Chêne au Verdier. Le passage est pénible et Cathy souffre visiblement. Je l'encourage à courir dès que se présentent quelques mètres de terrain plat. Curieusement, une fois en haut de la côte suivante, elle récupère aussitôt et se lance dans une époustouflante descente qui la met à portée d'une concurrente aperçue depuis un moment.


Cathy n'est pas de la famille Lutin pour rien et elle se lance sans complexe à l'assaut de la solide V2 qui, je l'apprendrai plus tard, est en pleine préparation pour l'UTMB. Jocelyne, c'est son nom, ne peut rivaliser en descente avec nous mais elle nous rattrape systématiquement dans les montées. J'observe un moment son style et j'y décèle une grande expérience. Elle finira par nous faire un coup qui révèle sa compétitrice aguerrie en courant dans les dernières côtes pendant que la petite sœur commence à renâcler malgré mes injonctions.

"Cours Cathy, tu vois bien qu'elle t'intoxique ! Ce coup, je l'ai fait au Fox l'année dernière. Cours maintenant...
-Non ! Tu commences vraiment à me faire ch..."

Même ce type de réaction a été prévu lors de la préparation et je souris, sachant qu'il s'agit d'une marque d’affection.

Le mur d'escalade, ça commence à sentir l'écurie ! A droite, les pauvres malheureux du 61 km ont encore 22 bornes à effectuer. A gauche, se trouve le chemin vers la descente du Vignage que nous avons répétée il y a quelques semaines et sur laquelle j'ai fait une démonstration de pelle acrobatique.


Cathy part en accélérant progressivement puis, avisant un groupe de descendeurs, elle en enfume quatre ou cinq pendant que je lui récite chaque virage et chaque obstacle à voix forte.

Accélérant juste avant le deuxième ravitaillement au pied de la Briante, je m'arrête avant elle et lui tends un verre de coca qu'elle expédie pour repartir aussitôt. Nous avons repéré une autre concurrente, une jeune senior qui semble moins fraîche que Jocelyne qui va finalement s'envoler et arriver à Radon 1min19 devant nous.

Cathy est dans le dur, la remontée vers Radon est difficile et, malgré une belle descente du Chemin de la Messe, nous ne faisons qu'approcher la jeune Justine de l'AC Veules qui fait plus que résister à nos assauts. 

Une fois la dernière côte franchie, je lance Cathy à l'assaut et c'est à 1500 m de l'arrivée qu'elle passe sa concurrente à grande vitesse, histoire de l'intoxiquer ; technique lutinesque.

Une fois sur le chemin des chèvres, nous accélérons encore, histoire de faire bonne mesure. Je me retourne plusieurs fois pour vérifier que Justine a lâché prise. En 1km500, la petite sœur va lui mettre 1 minute. Je sais, c'est dérisoire mais c'est bon !

Juste avant de rentrer dans le champ d'arrivée, nous doublons Eugène, 72 ans. Voilà qui nous recentre, respect...

Je demande à Cathy de me faire une belle arrivée. "Du panache Cathy ! Tu me fais une arrivée avec du panache !" Et elle me refait le coup du marathon de Caen où elle a terminé à 14 km/h.


 4h00 pile et seulement 5 minutes de plus pour la deuxième moitié du parcours malgré la concentration de toutes les difficultés dans cette partie. Cathy peut être fière d'elle.

Et après...


Erick arrive seize minutes après dans les temps que je lui avais prédits. Les Givrés-Chambertin sont au complet. Mission accomplie.


Le podium, j'en avais rêvé et Cathy l'a fait avec une cinquième place au scratch et une troisième place V1. 

 Jocelyne et Cathy


******

Embarqué dans la vie qui s'enfuit comme un train
D'où je vois défiler des passés sans demains
Je suis si oublieux que je ne sais distinguer
L'ombre de la lumière, le présent du passé

Vous m'avez tant donné, partagé sans compter
Que ça me fait pleurer, que ça me fait pleurer...

Librement adapté de Cry (The Sundays)


 



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